Veins : Rock sous perfusion
5 juillet 2018 - Cultures commentaires   //   179 Views   //   N°: 102

Issus du rock nippon (ni mauvais), les Veins nous sortent du métal social et « conscientisé » inspiré en gros de ce qu’ils lisent dans les journaux locaux ! Car on peut faire du métal conscientisé et s’informer dans les journaux locaux. La preuve !

Dans la série : je fais du rock parce que je suis en colère (ou je suis en colère parce que je fais du rock ?) voici les Veins, groupe acnéique mais très en colère, à ce qu’il paraît. Une formation à la croisée du hardcore et du thrash, menée par quatre jeunes mecs dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils en veulent… de la célébrité merdiatique, pschittable et si possible exportable ! Quitte à finir immigrés en France et à se farcir toutes les MJC et foires au saucisson d’Europe jusqu’au burn-out final, on a des précédents. Vive la liberté, camarades rockistes !

Originellement, les Veins viennent du j-rock (jeirokku, rock nippon), un truc assez inexplicable au demeurant, car comment fait-on pour obtenir de la barbaque saignante avec du sushi, surtout quand on est sur les hauts plateaux ? Othniel (vocaux), et Toavina (guitare), l’ossature de Veins, viennent donc du groupe Nakigahara. Une référence aux Nippons de The Gazette et à toutes ces pénibles choses visual kei qui sont au rock ce que l’Oréal est à Stratocaster, autant dire une plaisanterie. Sollicités pour contribuer à l’édition 2017 du festival Big Metal, ils lâchent Nakigahara et adoptent pour la circonstance le nom de Guren (les fandoms appécieront). Sur ce, coup de théâtre, ils se séparent de leur ancienne chanteuse, tandis qu’Othniel passe de la batterie au chant. Hasina (batterie) et Manda (basse), des connaissances de longue date dans le milieu « nippon ni mauvais » de la capitale, les rejoignent et Veins est né : une artère de gloire (jeu de mots) s’ouvre enfin devant eux !

Veins nous parle dans leurs chansons d’un « quotidien particulièrement dur et transpirant l’insécurité », c’est-à-dire de ce qu’ils lisent dans les journaux. Car c’est ça le pire, utiliser le flafla des journaux sous enveloppes pour écrire des chansons ! « Chaque gros titre de journal raconte un meurtre, un viol. Mais jamais euh la paix », se lâche carrément Hasina. On compatit, mec, mais peut-être que tu devrais simplement arrêter de lire les journaux ! C’est d’ailleurs ce genre de faits divers, bien voyoutés dans l’écriture et le voyeurisme des rédactions, qui a donné naissance à un morceau comme Kozy (Parler) : « Des criminels ayant assailli un logement sont allés jusqu’à violer une enfant de 12 ans … braquer la maison ne leur a pas suffi, il leur fallait aussi abuser d’une gosse sans défense. » Watashi no kami O ! (Ô mon Dieu !) comme on dit en japonais !

Au niveau de la musique, avec Veins, au moins on a lâché les Nippons, c’est déjà ça. On est plutôt dans des trucs à la Pantera et Sepultura (le tout venant du rock sans racines, ce qu’on appelle le métal). Instrumentalisation relativement brutale car les petits veinards ne se privent pas de nous fourguer, alors qu’on ne leur a rien demandé, du bon vieux tsapiky de derrière les fagots ! Explication : « C’est le genre de détails qu’on incorpore au moment de préciser les arrangements de nos chansons, c’est seulement là que notre éclectisme se manifeste. » Car tout le monde sait que le rock c’est d’abord l’éclectisme ! Mais voyons ça tombe sous le sens ! Muddy Waters, vieux ringard (même pas Japonais), retourne dans ta boîte à blues! Pas étonnant que les gars ne cachent pas leur intention d’ajouter bientôt du reggae à leur musique, hein pourquoi pas du reggae, après tout ? Et pourquoi pas de l’accordéon musette ? Et si on appelait ça tout simplement de la variété ? De la pop musique, musique popu sans objet défini et s’acceptant comme telle ? Sur des paroles de journaux plus ou moins en anglais, cela va sans dire !

Ou c’est trop jeune ou ça ne sait pas, mais voici un truc qui ne trompe pas. Le nom du groupe vient de l’expression « Metal in my veins », avoir le métal dans le sang. Rien à voir, pauvres ringards du siècle d’avant, avec les trucs à la Lou Reed… leur culture rock ne remonte pas si haut ! Veins s’est tout de même taillé une petite réputation de groupe « à voir », entre autres au Heavy Weight Ceremony ou au Manga Mania Festival l’an dernier, plus récemment en juin 2018 au Thrash Metal in Blood II au CFM Anosy. Dans leur projet, l’enregistrement d’un clip pour le morceau Chaos et la parution, normalement, d’un EP regroupant quelques-uns de leurs titres. Incontestablement ambitieux, Veins compte bien suivre les traces de groupes locaux de la carrure de Behind The Mask (vu il y a longtemps dans no comment®) et « casser l’impopularité du métal aux yeux du public non initié ». Oh non, encore cette vieille rengaine qu’on nous ressort à chaque fois, comme si le métal était une musique pour initiés, était de la musique tout court ! Comme quoi plus c’est jeune, plus c’est pareil.

Contact
Othniel : 032 65 222 48

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