Valéry Andriamialison : « Mon dada, les tombes »
7 mai 2018 - Cultures commentaires   //   654 Views   //   N°: 100

Cornes de zébus, crânes de lémurien, touffes de cheveux, miel, planches géométriques… On se croirait en pleine invocation d’esprits et autres « moara » (grigri). En réalité, c’est ainsi que Valéry Andriamialison exprime sa fascination pour les « fasana » (tombes), selon un rituel inspiré du suprématisme russe. Explication.

« Fasana » était le titre de ton expo à l’Is’art galerie en mars…
C’est ma première exposition à Madagascar. Quand j’étais plus jeune, je faisais des voyages à Tolagnaro (Fort Dauphin). A chaque fois, j’étais impressionné par les gigantesques tombes et les offrandes qui les décorent. Je me souviens d’une tombe entre Ambovobe et Faux Cap que les gens surnommaient Hilton tellement elle était grande. Ce sont des populations qui vivent dans des cases en paille mais qui pourtant attachent une grande importance à l’après-vie. Je me suis inspiré de la beauté de ces tombes, non des rituels en soi, pour ma démarche artistique qui englobe le dessin, le volume, la sculpture et l’architecture.

Pourquoi le thème « Présence et Pouvoir » ?
Pour « Présence », on observe une planche à découper sur laquelle se trouve un crâne de lémurien avec des touffes de cheveux (les miens). Par le vecteur de la tombe, les ancêtres sont toujours là pour veiller sur nous. Pour « Pouvoir », on a une planche, une corne de veau, des cheveux, du miel, en bref, tout ce qui est en rapport avec les « moara » (grigri). « Pouvoir » car ce sont les Malgaches eux-mêmes qui accordent le pouvoir à ces objets. Psychologiquement, pour que cela marche, il faut y croire !

Pourquoi le mouvement suprématiste ?
Je m’inspire beaucoup de ce mouvement pictural lancé en 1920 en Pologne et en Russie par Malevitch. Il consiste à ne pas s’attacher aux formes académiques. On est libre de réinterpréter le réel par de simples expressions géométriques (rond, carré, rectangle) et des couleurs basiques (noir et blanc, qui ne sont pas des couleurs en l’occurrence !) En définissant l’architecture d’une maison, on est obligé de tenir compte des fenêtres, des portes et tout ce qui est fonctionnel. Avec les tombes, on ne tient pas compte de ces aspect fonctionnels, on a de ce fait une grande liberté de réinterprétation. Pour traduire cet esthétisme, je commence par le dessin sur une planche puis je me lance dans le volume pour finir par sculpter les formes. Je montre ces étapes dans ma pièce « Ordre et Irrégularité ».

D’où est né le déclic pour les arts plastiques ?
Enfant, je raffolais des jeux de construction. Pendant les cours de maths, je passais mon temps à dessiner. J’ai fini par intégrer l’École supérieure d’Art d’Aix-en-Provence (France) en 1998. La vie m’a ensuite emmené sur un autre chemin en 2003, d’abord pour faire de la cuisine pendant sept ans et ensuite l’industrie du spectacle où je travaille depuis maintenant 11 ans. L’amour pour la culture m’a donné l’envie de retourner au pays et de lancer, avec l’association Sarondra, l’aventure Fianar Reggae Festival depuis six ans. C’est en côtoyant mes amis dans le secteur que j’en suis venu à exhumer mes vieilles œuvres pour les montrer au public.

Pour le futur ?
J’aimerais participer au Festival d’art urbain, en octobre. D’ailleurs, le thème de cette année est consacré à la mort. J’aimerai aussi intégrer l’espace urbain, misen restant fidèle à mon dada les tombes.

Propos recueillis par #PriscaRananjarison

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