Une mère est un pays
25 avril 2018 - À lire Cultures Lire Livre du mois Livres commentaires   //   586 Views   //   N°: 99

Chaque vie est un roman, dit-on souvent. Et les plus avisés d’ajouter : encore faut-il l’écrire… En effet, qui n’a pas rencontré celle ou celui dont l’existence unique ferait un livre formidable ? Mais la personne réelle n’a pas le temps, pas le courage, souvent non plus pas le talent de se mettre en scène dans un récit dont il ou elle serait le personnage central. Compte parfois sur un tiers pour se charger du travail non négligeable que représente l’écriture d’un livre. Il arrive d’ailleurs que cela fonctionne et débouche sur un succès de librairie. C’est rare.

Michelle Baovola n’en demande probablement pas autant. Elle a tout fait elle-même et a surtout voulu rendre hommage à sa mère et à Madagascar. A dix ans, Michelle Baovola était capable de se construire la mémoire qui nourrit son livre, L’île rouge, au pays de ma mère. C’était en 1960, l’année de l’indépendance. De là, elle prolonge le récit jusqu’à nos jours. Mais elle remonte aussi le temps bien plus loin, du côté des souvenirs familiaux, avant la Seconde Guerre mondiale.

Rien d’exceptionnel dans cette trajectoire exposée avec simplicité et honnêteté. Mais un exemple de ce que peut être un destin que le hasard des rencontres infléchit. La mère de l’auteure, à douze ans, à la mort de son père, endossa très tôt, trop tôt, les responsabilités d’une adulte dans les difficultés d’un quotidien plombé par l’attitude de la partie de la famille où elle avait échoué avec ses deux sœurs. A demi-mots, on devine que la réalité était pire encore que sa face visible…

A Tamatave, en compagnie de son frère, la mère trouve une vie meilleure. Elle coud, multiplie les commandes, du moins jusqu’à ce qu’éclate une guerre qui allait bouleverser l’économie du port, de l’île et de ses habitants. Mais cette femme n’est pas du genre à renoncer devant l’adversité, fût-elle de la taille d’une guerre mondiale. La voici donc à « Tananarive » (version coloniale), toujours couturière, dotée cette fois d’une ambition plus grande. Grâce à laquelle elle rencontre un Français, l’homme qui, sans l’épouser jamais, reconnut cependant l’enfant qu’ils eurent ensemble – aujourd’hui devenue la femme qui raconte cette histoire.

La fillette découvre sa singularité lors d’une fête d’anniversaire où elle est la seule métisse, forcément accusée de vol après la disparition d’un jouet… retrouvé un peu plus tard sous un meuble. Les difficultés d’une double appartenance culturelle sont cependant compensées par sa richesse, qui permet à Michelle Baovola de porter sur Madagascar et son Histoire récente un regard critique d’où l’amour de la terre des ancêtres, tanindrazana, est toujours présent.

Michelle Baovola, L’île rouge, au pays de ma mère. 185 p., 12,99 € ; ebook, 4,99 €.

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