Un mi-temps qui rapporte des briques !
12 juin 2013 - Métiers commentaires   //   857 Views

n°29

De juin à octobre, Tojo troque sa casquette de riziculteur contre celle de briquetier. Les mains dans l’argile, il peut produire dans son four artisanal jusqu’à 1 000 pièces par jour. Une activité saisonnière qui lui permet de rentrer pas mal de « briques » dans l’année…

Quand le bâtiment va, tout va. Ce n’est pas Tojo qui vous dira le contraire. Grâce aux briques qu’il fabrique, de somptueuses maisons se construisent un peu partout dans la capitale. « C’est le fruit de mon travail », note-t-il en désignant une superbe villa « néotraditionnelle » (tout en briques rouges) en haut d’une colline. « C’est un couple qui a vécu des années à l’étranger et qui pour sa retraite a voulu se faire une maison typiquement Merina, avec tout le confort moderne évidemment », note-t-il. Bref, la brique est à la mode et Tojo n’a pas trop de mal à trouver des clients pour écouler son stock.

Père de trois enfants, c’est grâce à ce business qu’il a réussi à bâtir sa coquette maison de trois pièces et à s’acheter une camionnette pour livrer les clients. « Parfois, je n’arrive pas à satisfaire la demande et je suis obligé de recruter de la main-d’œuvre supplémentaire. J’ose dire que nous vivons des années fastes depuis presque une décennie », affirme-t-il. De quoi clouer le bec à ceux qui parlent sans cesse de crise ! Pour l’assister une équipe de huit briquetiers, plus un chauffeur pour la camionnette.

Un briquetier commençant à travailler à 4 heures du matin, peut produire en moyenne jusqu’à 1 000 briques par jour au format standard 11 x 22 cm. La pièce étant vendue 60 ariary, on voit à quel chiffre d’affaires il peut arriver – jusqu’à 5 millions d’ariary dans l’année. Malheureusement, le boulot est saisonnier. Les briquetiers sont d’abord des paysans et ne cuisent l’argile que de juin à octobre quand les rizières sont au repos. Le four est installé directement dans le champ et le combustible est fourni par les résidus de paille trouvés sur place. « Ceux qui habitent au bord des fleuves peuvent travailler tout le long de l’année, mais leurs briques produites à partir de boue sont de médiocre qualité », estime Tojo.

Pour lui, il n’y a pas mieux que l’argile, le grand air et les rizières pour cuire la brique. Un métier qu’il pratique depuis tout petit. Évidemment, respirer les fumées d’argile n’est pas bon pour les bronches et il arrive souvent que les briquetiers soient obligés de travailler avec un mouchoir mouillé sur le nez. Sans parler des dégâts causés par l’extraction de l’argile. « À la longue, ça fait de grands trous dans la terre et il n’est plus possible de la cultiver. À un moment donné, il faut bien choisir entre la brique et le riz », soupire Tojo. Il y a enfin l’étrange réputation que l’on prête aux briquetiers dans les campagnes, soupçonnés de posséder certains « pouvoirs » occultes, comme d’empêcher la pluie de tomber en « jouant avec le feu ». De là à les accuser de jeter des sorts (ody orana), il n’y a qu’un pas. « Je ne sais pas si certains pratiquent ce genre de gri-gri, mais pas moi. On est quand même au XXIe siècle », fait valoir Tojo en éclatant de rire. Bref, un métier qu’il aime et qui, au niveau salaire, casserait même des briques !

Njato Georges

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