Un flic mi-vazaha, mi-toubab
16 octobre 2018 - À lire Cultures Lire Livre du mois Livres commentaires   //   211 Views   //   N°: 105

Philippe Muratet est, écrit Jean-Christophe Rufin dans sa préface, « un homme curieux du monde ». Les deux hommes se sont rencontrés au Sénégal où le premier a passé cinq ans comme policier coopérant, après trois ans à Madagascar dans la même fonction, et où le second était ambassadeur. Le contexte très différent de celui connu en France pendant le reste de sa carrière professionnelle ont transformé Philippe Muratet en Flic sans frontières, titre qu’il donne au témoignage reflétant huit ans de sa vie.

Nous nous intéresserons surtout à la partie malgache du récit, couvrant un plus grand nombre de pages malgré une durée plus brève. Non sans relever avec lui un point commun : « Ne dit-on pas dans ces deux pays que “ le vazaha (ou le toubab) a la montre et nous on a le temps ” ? » Vazaha ici, toubab là-bas, un bel appétit de découverte du pays l’anime lors de ses deux séjours. A tel point qu’on se demande parfois s’il n’est pas préoccupé davantage par le tourisme que par la formation de policiers, une de ses tâches principales à Madagascar.

Il fait bien de préciser : « On est loin de s’ennuyer ou de passer nos journées à la plage comme certains le pensent depuis la France ! » Car, à le lire, on pourrait se méprendre : son livre a tout d’une collection de cartes postales façon retour de vacances.

Certes, dans ces cartes postales, il n’y a pas que des paysages, il y a aussi des personnes. La réalité de la vie, ou de la survie, à Madagascar, ne lui échappe pas. Bien qu’il passe à côté de détails qui n’en sont pas et que l’œil exercé d’un policier aurait pu percevoir : il admire la technique des fabricants de marmites, qu’on appelle plutôt cocottes, à Ambatolampy mais semble ignorer que les mêmes matériaux servent aussi à la confection d’armes artisanales.

Peut-être souffre-t-il de l’écueil qui guette tout coopérant. La bonne volonté ne suffit pas à rencontrer la population dans toute sa diversité et la plupart des contacts, en dehors des relations professionnelles, se font avec d’autres vazaha ou avec des Malgaches eux-mêmes introduits dans le milieu vazaha. Le cas le plus exemplaire est celui de deux enfants des rues dont il conserve un souvenir ému… mais qu’il a côtoyés dans un restaurant réputé d’Antananarivo dont le patron vazaha, forcément vazaha, avait déjà fait ses protégés.

Un soupçon de voyeurisme animera tout lecteur ayant connu la même époque à Madagascar. De 2004 à 2007, quelques affaires retentissantes ont défrayé la chronique, dépassant le cadre du fait divers. Il en est de tragiques, d’autres le sont moins et prêtent même à sourire, comme ce jour où… James Bond s’est fait braquer ! Le regard du professionnel sur les événements est précieux.

Philippe Muratet. Flic sans frontières, de Madagascar au Sénégal. Le Lys bleu éditions, 140 p., 14,80 €, ebook, 4,99 €.

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