Tsycoolkoly : Pas cool la corruption !
4 janvier 2019 - Tribune commentaires   //   677 Views   //   N°: 108
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Les jeunes du projet « Tsycoolkoly » (Pas cool la corruption) veulent propager dans le pays les valeurs anticorruption. Ils ont participé à un salon humanitaire organisé au Lycée français d’Antananarivo pour marquer la Journée internationale de la lutte contre la corruption en décembre.

A Madagascar, la corruption est bien ancrée dans la culture locale. Ce fléau atteint chaque sphère de la société. Selon notre perception, la corruption au sein de la justice est la plus problématique. L’heure est grave quand la justice, elle-même, n’arrive pas à éradiquer la corruption au sein de son institution. Notons également le trafic illicite des ressources naturelles dont chaque étape du circuit est minée par la corruption; viennent ensuite les pratiques frauduleuses dans les concours administratifs (gendarmerie nationale, douane, école d’administration, etc.). La corruption atteint aussi les services hospitaliers. Ceux qui paient le plus reçoivent les meilleurs soins et les attentions des médecins. La corruption routière figure aussi parmi les cas les plus recensés à Madagascar. Les pots-de-vin offerts aux polices de la route et aux agents de la visite technique font partie de la routine.

Nous n’arrivons pas à vaincre la corruption par manque de volonté politique. Dans les discours politiques, la lutte anticorruption figure parmi les priorités. Pourtant, les dispositifs pris ne reflètent pas la volonté. Par exemple, la tendance du budget alloué au Bureau indépendant Anticorruption (Bianco) n’a cessé de baisser depuis 2007. Il y a aussi la peur des représailles car il n’y a aucune loi sur la protection des témoins. A tout cela s’ajoutent l’instabilité politique, la pauvreté, le manque de civisme, le manque d’éducation, l’aspiration personnelle des individus à un enrichissement rapide, et la liste est encore longue !

Selon l’Indice de perception de la corruption 2017, étude menée par Transparency International Initiative Madagascar, le pays est au 155e rang sur 180 pays. On est dans le rouge. Aujourd’hui, la population lambda est frappée de plein fouet par les conséquences de ces actes. Une petite enveloppe donnée à un agent de la visite technique pour masquer une défaillance mécanique d’un véhicule de transport en commun peut être la cause, par exemple, d’accidents.

L’inégalité de traitement persistera entres les riches et les pauvres tant que l’administration sera corrompue. Pour contribuer à la lutte contre ce fléau, des jeunes engagés ont créé une plate-forme en ligne www.tsycoolkoly.org pour dénoncer tout fait de corruption. Les internautes peuvent s’y informer et évaluer les actions à mener contre ce fléau. En 2018, ils ont enchaîné avec le jeu de société éducatif i-tsycoolkoly, pour sensibiliser les citoyens d’une manière ludique sur le thème de la corruption. Pour eux, le bout du tunnel est encore loin mais la récompense reçue par leur projet en décembre 2017 à Paris, dans le cadre du concours Prix Numérique et Transparence, les encourage à redoubler d’efforts pour inciter les jeunes à tenir tête à toute tentative de corruption.

Julie Edesse Manandraharisoa
Membre du comité exécutif du projet Tsycoolkoly

Le projet Tsycoolkoly, littéralement « pas cool la corruption », a été mis en oeuvre en 2014 par cinq jeunes et une soixantaine de bénévoles. Parmi leurs activités, des sensibilisations dans les provinces et l’organisation d’événements (débats parlementaires ouverts, concours d’arts visuels et oratoires, concours de miniprojets, etc.).

Contact
Julie Edesse :
034 81 478 54

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