Traite des personnes : « Des complicités à très haut niveau »
3 juillet 2017 - Tribune commentaires   //   388 Views   //   N°: 90
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Plus de 27 millions de personnes sont victimes de trafic humain à travers le monde. Un business qui rapporte près de 150 milliards de dollars par an aux organisateurs. Pour mettre fin à cet esclavage moderne, l’État malgache a annoncé le 20 Janvier 2015, l’adoption de la loi N°2014-040 relative au trafic humain. Mais la lutte ne fait que commencer.

La traite humaine englobe toute les pratiques visant à recruter ou à transporter des personnes par la menace, le recours à la force ou toute autre forme de contrainte à des fins d’exploitation. A Madagascar, ce trafic est une réalité. Même s’il n’existe pas de chiffres exacts, l’Assemblée nationale a indiqué que près de deux millions et demi de personnes en sont victimes dans le pays. Toutes les formes de traites humaines se côtoient, mais la plus importante reste le trafic sexuel. Les victimes sont contraintes à la prostitution par certains membres de leur famille ; il peut s’agir de parents ou de maris proxénètes. Des rabatteurs circulent dans les écoles du pays ou utilisent les réseaux sociaux comme Facebook pour recruter leurs victimes. Ces dernières deviennent des esclaves sexuelles embarquées notamment dans l’industrie de la pornographie.

En 2014, le rapport du département d’État américain sur la traite des personnes a annoncé que près de 4 000 femmes malgaches travaillaient comme domestiques au Liban contre 3 000 au Koweït. De 2009 à 2014, 36 Malgaches sont mortes dans ces pays après avoir été victimes de sévices. Pour arrêter ce massacre, le gouvernement avait annoncé en 2013 la suspension de l’envoi de travailleuses dans ces pays, mais en vain. Pour ce qui est des migrations clandestines, les forces de l’ordre ont démantelé en mai 2017 un réseau qui envoyait des femmes au Koweït avec l’aide de membres corrompus du ministère des Affaires étrangères.

Dernièrement, le trafic d’organes a suscité la psychose dans le pays. Des zones comme Ambanidia, Mandroseza ou Ambohimanambola ont été désignées comme étant les terrains de chasse des trafiquants d’organes. Les victimes sont tuées ou endormies puis recousues. Leurs organes sont par la suite vendus dans d’autres pays pour des greffes.

Il est aussi primordial de tirer la sonnette d’alarme face aux nombreux kidnappings qui ont eu lieu à travers le pays ces derniers mois. Les ressortissants indiens ne sont pas les seuls à en être victimes. Des enfants malgaches sont kidnappés à la sortie des écoles ou près de leurs domiciles pour être envoyés dans des réseaux de prostitutions infantiles ou pour servir de donneurs d’organes.

Face à tout cela, l’État malgache a pris des mesures. En 2015, le gouvernement a mis en place le Bureau national de lutte contre la traite des êtres humains et élaboré un Plan national d’action de lutte contre la traite des personnes. C’est une lutte de longue haleine dans un pays comme Madagascar qui est gangrené par la corruption et où certaines autorités prennent part à ces trafics.

Mais que les choses soient claires ! Madagascar ne pourra jamais combattre le trafic humain sans créer une brigade spéciale en relation avec les autres pays du monde. En effet, tous les pays qui ont vu réduire leur trafic humain sont ceux qui se sont dotés de cette brigade policière spéciale.

Florence Boivin-Roumestan
Fondatrice de Justice & Equity

Justice & Equity travaille depuis maintenant 16 ans en Afrique. Pour Madagascar, son objectif est de créer des émissions juridiques afin de sensibiliser à la lutte contre la traite humaine. Elle travaille avec plusieurs institutions en vue de former la coalition « Déracinons le trafic humain » pour étendre un filet de sécurité sur la Grande Ile. Ligne verte : 034 84 318 84.

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