Tout commence à Mahajanga
19 octobre 2017 - Cultures Livre du mois Livres commentaires   //   28 Views   //   N°: 93

Le premier roman du Comorien Ali Zamir, Anguille sous roche, avait frappé par l’audace stylistique et la puissance symbolique d’une imagination ancrée dans le réel. Il restait cependant pour nous l’œuvre d’un voisin. Un an après, l’écrivain est de retour en librairie avec Mon Étincelle et on scrute ce roman avec une attention plus soutenue. L’histoire, ou plutôt une des histoires enchevêtrées dont il est constitué, commence en effet à Mahajanga.

Il faut commencer par dire un mot des singularités d’une écriture poétique qui charrie des mots rares, probablement inventés pour certains, puisés dans les expressions propres aux Comores pour d’autres, ou encore dans le vocabulaire savant. Malgré cela, aucune obscurité n’empêche le lecteur de comprendre ce qu’il découvre. Le contexte suffit à éclaircir le sens.

Les personnages ont aussi des noms frappants, à commencer par l’Étincelle du titre qui est aussi la narratrice. Par ordre d’entrée en scène, nous rencontrons Douceur, une adolescente de dix-huit ans, et Douleur, un jeune homme de dix-neuf. Ils s’aimaient. Puis viennent Efferalgan et Dafalgan, dont les prénoms ne doivent rien au hasard puisqu’ils leur permettent de s’attribuer les vertus de ces médicaments. Il y aura aussi Vitamine, lecteur compulsif d’une anthologie de poésie qu’il cite souvent et ami d’Étincelle. Puis Espoir, qui vit en Europe, futur mari annoncé de Douceur (à la grande douleur de celle-ci et de Douleur). Sans oublier Tétanos et Calcium…

Revenons au début : « c’est une histoire de deux étudiants qui commence à Madagascar dans la ville de Mahajanga. La ville aux baobabs. » Douceur et Douleur se sont rencontrés lors d’une fête aux odeurs de nourriture, cuisses de poulet et brochettes sur le gril, bananes vertes et pommes de terre frites. Douceur est timide, Douleur est séduit et tente sa chance, mais la jeune fille lui fait comprendre qu’il n’en a aucune. Puisque la résistance reste ferme, les meilleurs amis de Douleur, Efferalgan et Dafalgan, cherchent à l’aider, le font passer pour mourant, puis mort, afin d’apitoyer Douceur.

Pendant que l’histoire d’amour fait des nœuds, les souvenirs de Mahajanga s’invitent dans un récit que Vitamine, fils de Dafalgan, fait à Étincelle : « Papa parlait d’Andov, de Mahajanga Be, d’un plateau de tombes et de Mahabibo, un quartier où l’on trouve un grand marché et où beaucoup de Comoriens résident. Et là-bas ils ont fait beaucoup de folies et de bêtises. » Les folies et les bêtises, certains les réinventent aux Comores, comme Efferalgan, insatiable séducteur, ou le Secrétaire Général du ministère où Douceur espère un poste, ignorant que cela suppose d’accepter le « droit de canapé ». Refusé ! A ce moment, on n’est plus à Mahajanga. Mais personne n’a oublié.

Ali Zamir, Mon Étincelle. Le Tripode, 280 p., 19 €.

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