Tarika Jeneraly : De la musique en général
3 juin 2019 - Cultures commentaires   //   389 Views   //   N°: 113

Depuis quatre ans, Tarika Jeneraly, groupe phare des années 80, a repris la scène avec un nouveau chanteur. Un retour apprécié et très attendu du public car leurs chansons engagées et sans langue de bois ont traversé les générations. Entrevue avec Ravonona, un des membres fondateurs et batteur du groupe.

Retour sur scène ou nouvelle formation ?
Après la mort de Ghaby (chanteur et membre fondateur du groupe – NDLR) en 1994, nous avons fait une petite pause non pas pour arrêter définitivement mais pour trouver un autre lead vocal. En 2004, nous avons réalisé un casting mais cela n’a pas été concluant. Et puis, par hasard, le bassiste et le guitariste sont allés dans un karaoké et ont remarqué un mec, Andy, qui ne chantait que nos chansons. Ils se sont dit pourquoi ne pas essayer avec lui. Nous avons demandé à Andy de faire quelques essais et il nous a convaincus. Une fois, il nous a même demandé de jouer des morceaux qui étaient enregistrés sur de vieilles cassettes quasi oubliées, nous étions étonnés ! Depuis quatre ans, nous tournons avec Andy et les vétérans : Benja, à la basse, Rakema et Taks, aux guitares solos, Raom au clavier, et moi à la batterie.

Les tout débuts de Tarika Jeneraly ?
Ça remonte à 1982. Basiquement, on était une bande de potes du quartier d’Analamahitsy. On chantait sur les « tamboho » (mur en terre) et un jour on nous a invités à faire un cabaret dans une boîte qui s’appelait Speedy. Le propriétaire a aimé la prestation et nous a demandé le nom du groupe. On n’en avait même pas ! Ghaby a choisi le nom Tarika Jeneraly parce que nous faisions de la musique en général ! Valse, tango, passo, rock… on faisait de tout.

Mais pas avec n’importe quelles paroles !
L’essence de Tarika Jeneraly, c’est le vazo miteny (chansons à textes – NDLR). Le message avant tout. Les arrangements et l’harmonisation ne sont que des accessoires. On remarque que les chansons écrites par Ghaby au tout début sont toujours d’actualité. Par exemple, 18 taona (18 ans) parle des filles qui se prostituent dès qu’elles atteignent la majorité, et aujourd’hui on me dit que c’est encore plus jeune. Ou encore Canapé qui parle d’un mec ou d’une fille qui aime deux personnes à la fois et qui doit faire un choix. Ghaby a aussi créé des chansons un peu délirantes comme Jesosy (Jésus.) Dans le texte, il dit avoir rencontré Jésus à Vasakosy, un quartier de Tana. En fait, c’est une chanson qui pousse à faire réfléchir les gens sur ce qu’est une religion, le fait de croire, souvent contre toute raison. Ghaby avait cette conviction qu’il y a des choses qui dépassent la logique humaine, comme dans le titre Dada malala (Père adoré) qui dit que les razana (défunts) doivent toujours nous bénir.

Un public qui a traversé les générations…
Qu’on aille à Toamasina, Antsirabe, Moramanga ou Ambovombe, on joue toujours à guichet fermé. Les gens, sans distinction de classe sociale, reprennent nos chansons et nous sommes étonnés de voir nos tubes des années 80 qui sont encore des tubes en 2019 ! Il ne nous a jamais lâchés. Bien sûr, il y a les vieux fans des débuts mais aussi de plus en plus de jeunes qui manifestement connaissent nos chansons par coeur. Sur scène nous chantons les titres que nous demande le public, comme Dadabe (Grand-père), Zany vehivavy zany (Cette fille-là) ou Ireo olona ireo (Ces gens-là). Le groupe n’a pas créé de nouvelles chansons car Ghaby a écrit près de 90 titres dont une bonne vingtaine n’est pas connue du public.

Votre signature : dire tout haut ce que les gens pensent tout bas ?
Je dirais qu’on fait partie des groupes de références quand on parle du vazo miteny, comme Samoëla ou Princio. Ce n’est pas notre style d’écriture qui est exceptionnel, c’est juste qu’on dit les choses comme elles sont, et ce parler vrai plaît. On peut être de bons musiciens mais ce sont les textes de Ghaby qui l’emportent. Je pense que c’est la richesse qu’il nous a laissée et que nous essayons de respecter.

Pourquoi avoir attendu si longtemps pour sortir votre premier album ?
Ireo olona ireo est sorti il y a deux ans, mais il existe plein de cassettes pirates de nos concerts. Donc pour la diffusion de nos titres on ne se plaint pas, même si ce n’est pas nous qui touchons les droits d’auteur… Nous commençons toujours nos prestations avec Ireo olona ireo. Ghaby y décrit tous les genres de filles qui existent, les minces, les grosses, les intelligentes, celles qui sont bêtes… Comme d’habitude, il parle de ce qui se passe dans la société avec l’idée que des fois il vaut mieux en rire…

Un deuxième opus en préparation…
Cette année, nous célébrons nos 30 ans de scène et le 25e anniversaire de la mort de Ghaby. Nous sommes en pleine négociation avec des partenaires pour la réalisation d’un projet. En ce moment, nous préparons la sortie d’un single qui figurera dans le deuxième album avec la chanson Ny Hafanana (La chaleur) repris par Jeannot Razakandrainy. En attendant, nous participerons au no comment® Festival, le 20 juin à Antsahavola.

Contact
Tarika Jeneraly (Ravonona) : 034 04 603 01

Propos recueillis par #AinaZoRaberanto

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