Taombaovao Malagasy Nouvel An malgache, un des maillons de l’unité nationale
2 avril 2019 - Tribune commentaires   //   502 Views   //   N°: 111
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Jadis, les Vazimba (du malais vayimba qui signifie ceux de la forêt), célébraient déjà la fête du Fandroana tous les ans, à l’intersection de l’été et de l’automne, autrement dit au début du mois de Volasira. La cérémonie avait pour objectif de remercier Zanahary (Dieu créateur) pour sa bienveillance et son indulgence envers les hommes. La famille et le clan entier se purifiaient en prenant un bain (mandro, du manjan mandru). Le Fandroana tire ses origines d’une fête traditionnelle que les Indonésiens appellent actuellement « fête de l’eau ». Le Fandroana fut adoptée comme étant la période de l’année où tout finit et recommence en même temps, tono-taona.

« Miova andriana, miova sata » signifie littéralement « changement de roi, changement de statut. » Au fil des siècles, aussi bien le nom que la période de célébration du Fandroana ont connu des mutations au gré des rois et des reines. Toutefois, la philosophie reste la même : « la nature et les hommes se purifient par l’eau et par le feu avant la réconciliation. » Les hommes se réconcilient avec la nature, avec leurs semblables mais surtout avec Zanahary. C’est le moment du pardon mutuel (fifamelana faobe), de la réconciliation (famitranam-pihavanana), autrement dit le renforcement des liens sociaux qui est à la base même de la société malgache. Ainsi, tant au niveau du foyer (ankohonana), de la famille (fianakaviana), des voisins (mpiara-monina) que des dirigeants (mpitondra Fanjakana) et du peuple (vahoaka), chacun cherche à se faire pardonner mais aussi à pardonner aux autres.

En ce début du troisième millénaire, les Malgaches sont en quête d’une identité et d’une originalité culturelle communes. Un sentiment de liberté et de souveraineté nationale les pousse à se tourner vers leur histoire. Tout comme les populations européennes, des Malgaches, où qu’ils se trouvent, surtout ceux qui vivent à l’étranger, cherchent leurs racines et se tournent vers la tradition de leurs ancêtres. Aussi, depuis les deux dernières décennies, la célébration du Taombaovao Malagasy (mutation de l’ancien Fandroana) est-elle en pleine effervescence et ne cesse de gagner du terrain. Toujours est-il que l’Académie malgache a déjà avancé les dates des célébrations pour les cinquante années à venir. À Paris, à Dubaï, au Texas, au Canada, à l’île de La Réunion, mais aussi dans diverses localités de la Grande Île, la célébration du Taombaovao Malagasy retentit de plus belle. Cette fête culturelle, et non confessionnelle unit les Malgaches malgré leur diversité ethnique. Chacun y trouve son compte, une base culturelle commune, le Fihavanana, un objectif commun, « le renforcement du Fihavanana ».

Cette année, le Taombaovao Malagasy sera célébré le 6 avril 2019. Le dernier jour de l’année, le Vendredi 5 avril, on procède à la cérémonie de Fidiovana ou « Purification ». Dans l’aprèsmidi, on allume le Afo tsy maty, feu Éternel, que l’on garde allumé jusqu’au lever du jour, le lendemain, c’est-à-dire le jour de l’An. Durant l’après-midi, les enfants jouent au fampitaha (sorte de concours de beauté) puis aux lampions. Ils courent à travers le village pour chasser les mauvais esprits. La nuit tombée, ils jouent au tsikonona (dînette) tandis que les adultes dansent dans le kianja, autour du grand feu jusqu’au lever du jour, raison pour laquelle on l’appelle Andro tsy maty.

Le jour de l’An (le samedi 6 avril), très tôt le matin, on effectue le Fafy rano. Un Raiamandreny (sage) prononce les voeux de bonheur et de prospérité tout en aspergeant l’assistance d’eau provenant d’une source pure. Éventuellement, on tue un volavita, zébu à robe rouge tacheté de blanc au milieu des cornes, sur les flancs, aux pointes des pieds et de la queue. Dans la matinée, tout le monde fait la quête pour le Hasina. Ensuite, on procède à la cérémonie du Tatao. C’est du riz cuit en sosoa arrosé de lait et de miel (vary amin-dronono tondrahan-tantely), un mets de circonstance que l’on déguste avec ses proches et amis. On le sert sur une feuille de bananier. De la main droite, chacun en prend un peu avec une cuillère et la porte sur sa tête, d’où le nom de la cérémonie, en prononçant les voeux suivants : « Sambasamba Andriamanitra Andriananahary. Sambasamba nahatratra ny taona vaovao. Tsy ho diso vary mandavan-taona, tsy ho diso ny sambatra sy ny mananjara. Ho salama tsy harofy. Hifanantitra amin’ny Ray aman-dReny. Ho tratry ny arivo taona mitsingerina, sns… »

Vers la fin de la matinée, des gerbes de riz sont partagés à tout un chacun en signe d’abondance. C’est le Zarahasina. Les festivités se poursuivent jusqu’à la fin de la journée. « Respectons nos différences, cultivons ce qui nous unit : la Célébration du Nouvel An Malgache est un des maillons de l’unité nationale. »

Comité d’organisation du Taomvaovao Malagasy
Rason Herijaonson, Razafindrakotohasina Niombonana,
Andriambololo-Nivo Rabetrano

© Photo : Roddy

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