Tahiana Ramananantoandro : « On touche du bois »
3 novembre 2017 - Nature commentaires   //   644 Views   //   N°: 94

A Madagascar, on assiste à une utilisation irraisonnée et non durable des ressources forestières. Le projet Spirmadbois a été mis en place précisément pour identifier les propriétés des bois et palier l’exploitation illicite des variétés précieuses.

Le dernier ouvrage dédié à la science du bois remonte à 40 ans passés, à savoir l’Atlas des bois publié par Cirad et Fofifa. Pourtant, il existe plus de 4 000 espèces d’arbres et arbustes recensés dont une bonne partie mérite d’être utilisée à bon escient. C’est dans cette optique que s’inscrit le projet Spirmadbois mené par le docteur Tahiana Ramananantoandro et financé par l’Agence universitaire de la Francophonie. « Un des enjeux importants de la conservation de la forêt consiste en une utilisation rationnelle et durable des ressources forestières. Cela nécessite la connaissance des propriétés des bois malgaches », confie le Dr Ramananantoandro.

Dans le projet Spirmadbois, on utilise la spectroscopie proche infra-rouge (spir), un outil qui permet d’estimer les propriétés et identifier les espèces de bois. « La Spir est un outil pratique qui dispense d’amener un échantillon au laboratoire pour l’identifier au microscope et faire des tests, avec les coûts onéreux que cela procure. Elle est utilisée ailleurs mais nous l’avons calibrée pour les espèces de bois existant à Madagascar. »

Soixante espèces ont déjà été identifiées dans le cadre du projet. Et certaines ouvrent de réelles perspectives d’exploitation. « Le palissandre est réputé comme le bois dur idéal pour la fabrication de meubles. Or, on peut utiliser d’autres qui ont aussi une propriété durable comme le nuxiacapitata ou encore l’eucalyptus maculata. Le sohihy et le zahana ont des propriétés adaptées à la construction d’une terrasse d’extérieur. Connaître les propriétés permet une plus-value économique qui profite à chacun », estime la scientifique. Par ailleurs, les bois de Madagascar sont très recherchés sur le marché international. Cela a favorisé le commerce illicite des bois précieux au cours des vingt dernières années. Sur le long terme, « la spir pourra être utilisée dans les ports pour une meilleure contrôle des bois commercialisés à l’extérieur. Elle ne nécessite pas des connaissances spécifiques sur le matériau. Il suffit juste au contrôleur de savoir manier l’outil ».

Cette innovation scientifique va tout naturellement étoffer la xylothèque, forte déjà d’une centaine d’échantillons d’espèces que le docteur a mis en place avec son équipe depuis 2016. L’équipe prévoit de sortir un ouvrage qui servira de référence sur les espèces de bois déjà identifiés et leurs propriétés. Objectif, 4 000 espèces. En espérant que la culture sur brûlis et la déforestation ne les aient pas détruits avant. Le docteur et son équipe touchent du bois.

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