Sur les traces d’Auguste Benjowski
18 mai 2017 - À lire Cultures Livre du mois Livres commentaires   //   1330 Views   //   N°: 88

Dans ses Mémoires et voyages, ouvrage publié en français à la fin du XVIIIe siècle, il signe Benyowsky. Le romancier Gabriel de La Landelle orthographie son nom Béniowski. L’historien Prosper Cultru, Benyowszky. Jean-Christophe Rufin, dans Le tour du monde du roi Zibeline, a choisi Benjowski. Les origines polonaises et hongroises du personnage (1746-1786) n’expliquent pas seules ces choix multiples : le parcours de l’aventurier suscite des interprétations diverses, voire contradictoires. Et, comme nous le disait récemment Jean-Christophe Rufin « j’ai transformé ce personnage en quelque chose d’autre, certainement, mais après tout c’est un peu son destin à chaque époque, on le réinvente sans cesse. »

Le voici, dans les dernières années de sa vie, devant Benjamin Franklin, rédacteur de la Constitution des États-Unis, à divertir le vieil homme souffrant de rhumatismes.

Le récit d’Auguste Benjowski alterne avec celui d’Aphanasie, son épouse, qui complète les informations et parfois corrige les certitudes du héros. Benjowski brûle sa dernière cartouche : il veut convaincre les Américains de l’aider à fonder, à Madagascar, une République idéale, assez éloignée de celle qu’il avait tenté de mettre en place auparavant dans le même lieu avec le soutien ambigu de la France.

Car, s’il avait été chargé d’une mission à Madagascar où la baie d’Antongil avait accueilli son établissement, les autorités de la Réunion ne voyaient pas son initiative d’un bon œil et avaient tout fait pour en réduire l’importance plutôt que de lui apporter leur assistance. Aujourd’hui, devant Benjamin Franklin, Benjowski ne rêve que de recommencer, sur des bases nouvelles inspirées par l’expérience des États-Unis.

Le récit plaît à l’ancien homme politique. Il y a de l’action et de la réflexion, depuis la formation philosophique de Benjowski sous la férule d’un précepteur français frotté aux écrits des Lumières jusqu’à une rocambolesque évasion du Kamtchatka prolongée par une navigation incertaine. L’homme a quelque chose de fascinant, même s’il utilise toutes les circonstances pour se pousser du col. A Madagascar, une hypothétique filiation royale lui fournit une belle occasion de se poser en chef absolu de l’île, arbitrant les conflits locaux pour mieux asseoir son pouvoir.

Jean-Christophe Rufin connaît l’art et la manière de retenir son public. Avec un narrateur, doublé d’une narratrice, auquel il pensait depuis longtemps, il s’est une fois encore infiltré dans les marges de l’Histoire, comme il l’avait fait pour Ispahan, Rouge Brésil ou Jacques Cœur. Et un espace non négligeable de ces marges nous concerne de près.

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