Solorazaf : « Le son du kabosy et le goût de la terre »
2 mai 2018 - Cultures commentaires   //   424 Views   //   N°: 100

« Lead guitar » de Miriam Makeba pendant 15 ans, ça en fait un CV ! Mais aussi Dizzy Gillepsie ou Nina Simone. C’est avec les plus grandes stars internationales que le guitariste et compositeur malgache Solorazaf s’est fait la main. Avec son kabosy électrique fabriqué par les frères canadiens Hamel, il mélange salegy et fingerpicking emprunté au blues pour un voyage musical des plus transcendants.

Premier guitariste de Miriam Makeba pendant quinze ans, une véritable consécration !
C’est la plus grande rencontre qui a marqué mon esprit musical et j’allais dire politique ! En 1986 à Paris, j’ai fait une audition pour intégrer son groupe. J’ai ensuite gravi tous les échelons. J’étais même responsable des fiches de paie de l’orchestre parce que j’avais une formation de comptable. Et je suis aussi son lead guitarist. J’ai réussi à faire venir des musiciens comme Raymond Doumbé du Cameroun, des Guadeloupéens, des Martiniquais… C’était un groupe pluriculturel qui représentait tout le continent africain avec Madagascar au bout. La raison pour laquelle j’ai réussi à rester autant de temps avec Miriam Makeba, c’est que je joue du tsapiky que je considère comme le cousin du bakanga d’Afrique du Sud. Il y a une vraie fusion entre ces musiques. Ils ont même réussi à mélanger le tsapiky avec le jazz.

Et aujourd’hui seul en scène…
Je joue seul depuis 2001, « solo guitar performance » comme on dit en Europe. Cela me permet de jouer en emportant partout ma culture avec moi. Quand je joue seul, j’occupe toutes les parties de mon corps ; pas besoin d’autres artifices, je suis déjà assez fou à la base ! (rires). J’ai choisi ce type de guitare parce qu’elle ressemble beaucoup à la projection sonore du kabosy. Elle se rapproche donc de mes racines et pour moi c’est important de toujours revenir à une partie de son histoire. Cette guitare raconte tous les gosses que j’ai vus quand j’étais petit. Je vivais à Sambaina, sur la route de Toamasina, bien que je sois né à Monptellier. Je voyais les mipandry omby, les cow-boys malgaches, qui m’ont donné envie de jouer avec la terre. Et le kabosy est témoin de cet échange avec la terre.

Comment vous voyez-vous dans dix ans ?
Dans cinq ou dix ans, je pense que la technologie aura tellement évolué que je n’aurai plus besoin de faire beaucoup d’efforts. Les cordes seront probablement sur un manche virtuel et ce sera mon cerveau qui guidera tout. Mais concrètement, je pense que je vais continuer à faire de la musique concrète, c’est vital pour moi. Nous, les Malgaches, avons une musique unique, une musique qui groove, mais nous avons aussi de la connaissance et de la sensibilité. Tout cela nous devons le partager avec le monde.

Propos recueillis par #AinaZoRaberanto

© Photo : Mat Li

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