Saphir pour idées troubles
15 janvier 2019 - À lire Cultures Lire Livre du mois Livres commentaires   //   549 Views   //   N°: 108

Dans la série des titres loufoques, demandez la série du « Poulpe », vous serez servis : Tananarive qu’aux autres, qu’est-ce à dire ? Si l’on a déjà croisé Gabriel Lecouvreur, alias Le Poulpe, dans l’une ou l’autre de ses aventures, on sait que cela n’a pas grande importance. La saveur d’un jeu de mots approximatif suffit à anticiper le plaisir d’une enquête foutraque dans laquelle Danièle Rousselier lançait, en 1998, Cheryl plutôt que Gabriel.

Cheryl, coiffeuse autodidacte, amie-amante infidèle mais permanente du détective aux bras longs comme des tentacules, s’inquiète pour son amie Mariateresa : un homme est mort défenestré devant sa boutique d’art africain. Elle ne fait pas que s’inquiéter : Mariateresa connaissait bien Jacques, le savait incapable de se suicider et s’il y a autre chose, il faudra le découvrir.

L’intrépide Cheryl entraîne sa moins intrépide amie sur les chemins des rigoureux principes selon lesquels toute vie est sacrée et toute sexualité inhabituelle, démoniaque.

L’Opus Rei, avatar transparent de l’Opus Dei, veille au respect des règles les plus strictes. L’avortement, l’homosexualité, le sida : des inventions perverses pour détourner le troupeau de la morale traditionnelle. Tous les relais sont activés, avec l’aide de financements pas très clairs, par ce pouvoir occulte, y compris dans les ex-colonies françaises. « Donc à Madagascar ? » demande Cheryl qui a entendu une infirmière bien-pensante citer le nom du pays. Dès lors de plus en plus présent dans le récit, et elle finira par s’y rendre, tant pis si le voyage est payé par un salaud. Mais en première classe, quand même, et l’hôtel, dans la capitale, est le Colbert.

Entre Cheryl et Paoli, l’intégriste qu’elle accompagne pour comprendre les mécanismes de son groupe de pression, l’ambiance se dégrade rapidement. Il suffit que l’homme montre sa véritable personnalité raciste : « Paoli avait refusé de s’arrêter une heure plus tôt dans la seule gargote qui se dressait au milieu de cette étendue désertique. Par hygiène. Il disait ne pas supporter la crasse des Malgaches. No comment ! avait alors pensé Cheryl. » (Dans un clin d’oeil aussi involontaire qu’anticipé au magazine qui vous parle maintenant d’elle.)

En route vers le Sud, en passant par la collecte d’un sac de saphirs et quelques informations sur l’incendie du Palais de la Reine, les dangers se précisent pour Cheryl, dont les intentions ont été découvertes. Mais, dans cette série de romans policiers dont de multiples écrivains s’étaient déjà saisis avant Danièle Rousselier (son volume porte le numéro 135) et que d’autres allaient reprendre ensuite (pas loin de 300 auteurs au total), cela ne peut mal finir pour l’héroïne. Bientôt rejointe par son héros tentaculaire au bout de la Nationale 7, dans une ville qui justifiera sa torride réputation nocturne.

Danièle Rousselier. Tananarive qu’aux autres (Baleine, « Le Poulpe », 1998)

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