Samoëla : « C’est vraiment dur de faire simple ! »
2 janvier 2019 - Cultures commentaires   //   303 Views   //   N°: 108

Samoëla, figure marquante de la chanson à texte malgache, a sorti en mars 2018, son dixième album « Radio n’ambanivolo » (Radio des paysans). A la fois auteur-compositeur et fondateur de la société B Mozik, sa musique est d’abord faite pour être retenue par le Malgache de la rue et bientôt, en février, par le public mahorais.

Vous misez sur la simplicité. Pourquoi ?
Avant de sortir un album, nous faisons une résidence de création durant un mois. On joue ensemble, par exemple, une chanson. Au début, cela sonne toujours compliqué, on croirait entendre du jazz. Au bout de cinq jours, cela devient plus léger et plus mélodieux. On pense toujours à faire simple car notre musique est pour le citoyen lambda qui n’y connaît rien. C’est vraiment dur de faire simple ! On pense au texte et à la mélodie qu’ils retiendraient facilement. Durant la résidence, on invite même le public à écouter et à donner leur avis. Cela nous arrive de jouer un morceau plus d’une quarantaine de fois jusqu’à ce qu’on obtienne la meilleure version.

Qu’est-ce qui vous a amené à faire de la musique ?
Mon père a été professeur de musique et chef de chorale. Puis, lors des camps scouts, je me suis amusé à composer des mélodies et à écrire des scénettes. En 1996, j’ai intégré la compagnie Miangaly. J’y ai composé des chansons et des mélodies pour des pièces de théâtre. En même temps, j’ai commencé à écrire mes propres chansons comme Soly. Au début, j’ai préféré composer des mélodies. En 1997, j’ai fait chanter ma chanson Havako mamomamo (Mon ami le soulard) à deux chanteuses Vero et Poupoune. Mais mon entourage a insisté pour que je chante moi-même mes chansons. A l’époque, je leur ai répondu que je n’avais pas une belle voix, puis j’ai quand même enregistré la chanson en direct. Cela a beaucoup plu au public.

Quelles ont été vos rencontres marquantes ?
J’ai rencontré Jean Loup Pivin de la Revue Noire en 1997. Il m’a proposé de faire partie de l’album compilation d’une dizaine d’artistes malgaches. Il m’a ensuite invité à faire une tournée en Europe pendant près d’un an. Puis, en voyant que ma chanson Havako mamomamo avait cartonné dans les médias, le studio Mars m’a appelé pour me dire que les gens demandaient à écouter d’autres chansons. J’ai alors enregistré mon premier album Mampirevy (Faire rêver). C’était un des premiers albums malgaches sur CD. On a fait ensuite un concert de promotion au CC-Esca avec comme concept un billet gratuit pour un album vendu. En deux heures, on a écoulé 1 200 albums. Cela a été un de mes plus beaux moments.

Pas eu de problèmes avec les autorités ?
Avant la sortie de mon premier album, j’ai eu des problèmes. A l’époque, il y a eu de la censure. J’ai été convoqué à la gendarmerie et ils m’ont dit qu’il me fallait un dépôt légal auprès du ministère de l’Intérieur pour pouvoir sortir cet album. Le gouvernement n’a pas aimé mes textes provocateurs. Par exemple, ma chanson Tiavina disait qu’il fallait choisir entre une personne et Dieu. L’affaire a même été amenée devant le Tribunal. Au final, on a eu gain de cause et l’album est sorti.

Quelles sont vos influences musicales ?
J’ai beaucoup été marqué par Jeneraly. Il a fait des chansons à texte sur du rock. J’ai aussi apprécié Vahombey qui a évolué dans un style vakodrazana et rock. Je me suis dit en les écoutant que tout était possible. Avant de me lancer, j’ai fait une étude de marché sur la musique qui peut marcher et que personne ne fait à Madagascar. J’ai alors commencé par du folk-trad pour évoluer vers l’electro et même la pop. Je suis toujours à la recherche de l’authenticité, c’est d’ailleurs le gage de la pérennité d’un artiste. On doit toujours amener quelque chose de nouveau. Et c’est loin d’être facile à Madagascar. Ma chanson Kala Kely (Jeune fille) a mis trois ans avant d’être appréciée.

Parlez-nous de vos albums…
J’ai actuellement 132 chansons. J’ai dix albums : Mampirevy (1997), Manatosaka (Partager en abondance, 1999), Efa sy dimy (Plus cinq, 2001), Bandy akama (Les amis, 2004), Efa sy folo (Plus dix, 2005), Ty (Voilà, 2007), Zana-bahoaka (Enfant du peuple, 2010), Mahadomelina (Qui rend stone, 2013), Izy ny ao anatiny (Il est dedans, 2015), Radio n’ambanivolo (2018). Mes textes sont engagés. Je traite de problèmes hélas toujours d’actualité dans le pays. Par exemple, avec Sexy girl, je parle de tourisme sexuel, Ravoretra (Malpropre) traite de la malpropreté, Poteau be (Grand poteau) évoque les coupures de courant.

Il y a aussi la facette romantique…
C’est vrai, j’aime les chansons d’amour avec profondeur comme Ne reviens pas de Johnny Hallyday ou Pour que tu m’aimes encore de Céline Dion. Quand j’entends ce genre de chansons, je ressens une émotion profonde m’envahir. C’est ce que je veux transmettre à travers mes compositions. Cela a réussi avec Rava (Détruit) qui a eu quatre millions de vue sur YouTube depuis sa sortie en 2011.

Comment voyez-vous la musique actuelle ?
On est encore loin du compte au niveau professionnalisme. Les gens qui ont du talent n’ont pas les sous pour se produire. Ceux qui ont de l’argent n’ont pas la créativité nécessaire. Dans les médias, on entend les mêmes mélodies et les mêmes paroles. On croirait être à court de thème à traiter. Il n’y a plus d’authenticité. Si la tendance du moment est à l’afro-beat, tout le monde accourt pour en faire. Pourtant, il faudrait varier les produits musicaux pour le plaisir des oreilles des consommateurs.

Pourquoi avoir monté B Mozik ?
C’est une société de production avec un studio d’enregistrement et d’organisation de tournées. A nos débuts, il n’y avait pas de tourneurs professionnels à Madagascar. On a alors monté une équipe de cinq personnes pour organiser les tournées de Samoëla. Les autres artistes nous ont aussi demandé d’organiser les leurs. De là est née l’envie de monter B Mozik en 2001. Depuis, j’ai mis à profit mes connaissances en marketing acquises à l’Iscam et en gestion à l’Inscae.

Que faites-vous pour le secteur ?
Nous entrons dans le digital. Il existe près de 200 plates-formes de streaming comme Itunes, Deezer, Spotify, qui font payer des abonnements aux internautes pour écouter des albums. B Mozik a une entente avec ces plates-formes pour y présenter des artistes malgaches. C’est un moyen pour ces derniers de gagner de l’argent. Oui, ce n’est pas encore tellement connu à Madagascar mais dans les prochaines années ce système se mettra petit à petit en place. Il ne faut pas attendre qu’une personne y mette votre album et fasse des profits à votre place !

Vos projets ?
Nous irons à la rencontre du public mahorais en février pour partager une musique qui se veut authentique et transfrontalière !

Propos recueillis par #PriscaRananjarison

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