Questions à… Christophe Cassiau-Haurle : « La vidéo a tué la bédé malgache »
20 juillet 2018 - Cultures commentaires   //   149 Views   //   N°: 102

Invité pour le Mois de la Bande Dessinée qui s’est déroulé en juin dernier, Christophe Cassiau-Haurie, spécialiste de la bande dessinée africaine, nous livre un aperçu de la situation du neuvième art à Madagascar.

La bande dessinée malgache est-elle reconnue en Afrique ?
Madagascar est une île, elle est un peu isolée mais les auteurs se croisent et se rencontrent grâce aux salons et aux festivals. Il existe une profusion d’auteurs et de talents qui sont capables de produire de la bande dessinée à l’image du Congo Kinshasa et de la Côte d’Ivoire. La production actuelle est connue comme celle de Pov ou Dwa. Bien que le secteur soit en train de se développer, tous les auteurs africains ne connaissent pas la bande dessinée malgache.

Peut-on dire qu’il existe une bande dessinée typiquement malgache ?
Déjà, il n’y a pas de bande dessinée africaine comme il n’y a pas de bande dessinée européenne. Je dirais plutôt qu’il existe de la bande dessinée originaire d’Afrique ou originaire de Madagascar. Par contre, au niveau du style, la BD malgache s’inspire beaucoup de l’histoire et surtout de l’utilisation de la langue malgache. La plupart des BD en Afrique sont éditées en français sauf quand il y a le financement des ONG. Au niveau des histoires, il y a une forme de dénonciation sociale comme dans La Réunion Kely de Dwa et Liva éditée par Des Bulles dans l’Océan ou Lundi noir sur l’Île Rouge de Pov et Dwa chez le même éditeur, le climat général de l’histoire est politique. Mais la BD de reportage et d’engagement existe partout comme actuellement en France avec la Revue XXI.

Dans les années 1980-90, la bande dessinée malgache était à son apogée…
Les premiers auteurs à avoir percé le marché européen sont Xhi et M’aa avec le titre Fol Amour en 1974. Entre 1984, 1986 et 1992, il y a eu une flopée de titres qui ont été vendues à Madagascar, environ 25 à 30 titres sortaient régulièrement tous les mois ou tous les trimestres. Et chaque titre était tiré à peu près à 1000 exemplaires. On peut estimer qu’il y a eu entre 25 et 30 000 exemplaires produits qui était imprimés et édités avec des histoires d’opération commando, de western, de frisson, de cow-boy ou de karaté, et entièrement en malgache. A l’époque, la bande dessinée malgache était influencée par les fumetti italiens (petites fumées) comme Blek le Roc. Et durant des années, les auteurs pouvaient vivre de la BD. Mais en 1991 et 92, la crise politique suivie d’une crise économique se sont installées dans le pays, ce qui a entraîné l’arrêt de la production. Les vendeurs de livres ou revendeurs ont mis en place un système de location. Cela faisait vivre provisoirement le revendeur mais pas l’éditeur. De ce fait, les ventes se sont écroulées avec la fermeture des maisons d’édition.

Justement, où en est l’édition de la bande dessinée à Madagascar ?
Il y a beaucoup de paramètres qui expliquent la situation défaillante de l’édition à Madagascar. Les conditions économiques et sociales et bien sûr culturelles, car on remarque le développement de la lecture utilitaire aux dépens de la lecture de plaisir mais aussi le manque de réseaux de distribution. En raison de l’instabilité politique, il n’y a pas de vision à long terme en matière de livres et d’éducation en générale. Cela est moins frappant en Côte d’Ivoire ou au Cameroun car l’économie se développe. Je dirais que la production est quand même là, les auteurs sont là, ils sont actifs. Si les éditeurs extérieurs à l’Afrique et à Madagascar les éditent, c’est que ces auteurs ont des messages à porter et à apporter au monde.

Propos recueillis par #AinaZoRaberanto

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