Prostitution enfantine possible de ne pas fermer les yeux
1 janvier 2014 - Tribune commentaires   //   2205 Views

n°48

La prostitution des enfants se déroule dans la rue. On la voit tous, on la regarde, on la commente. Mais qui agit ? Qui signale ? Qui applique les lois existantes et punit les clients ? Qui prend en charge ces enfants victimes de violences sexuelles ?

Alors qu’en France, le débat public sur la pénalisation des clients de la prostitution s’avive et divise les opinions, ici à Madagascar peu de gens se préoccupent du sort des centaines de femmes et d’hommes victimes de prostitution. Pire encore, à Madagascar, la prostitution de mineurs augmente et se banalise. Le tourisme sexuel local et international se pratique en toute impunité, la pornographie sur Internet accessible aux plus jeunes se développe à une vitesse impressionnante et les fonds pour répondre à ces phénomènes sont très limités. Si le phénomène de la prostitution enfantine dévoile souvent le pire, une tendance montre qu’à Antananarivo les victimes sont de sexe féminin, âgées de 16 ans, célibataires, avec au moins un enfant à charge et vivant avec leur mère et leur fratrie dans une maison délabrée. Leur entrée dans la prostitution se fait vers l’âge de 15 ans pour des raisons économiques et leurs gains sont utilisés pour couvrir les dépenses quotidiennes familiales.

Le client type est à 6 % étranger

Les victimes travaillent pour la plupart seules, dans la rue, le soir pour environ 5 000 Ar la passe. Le client « type », lui, est à 99,4 % de sexe masculin et à 6 % étranger. Il a en moyenne 28 ans mais les âges s’étalent de 12 à 64 ans. Un client sur trois est marié. Plus de la moitié avoue chercher spécifiquement un(e) mineur(e) pour des raisons de « fraîcheur », terme utilisé par les clients eux-mêmes pour désigner l’apparence physique des jeunes. La rencontre entre le mineur et le client a majoritairement lieu dans la rue, et parfois dans les bars ou les karaokés* « Ne détournez pas le regard » est le mot d’ordre d’ECPAT (End Child Prostitution and Trafficking) France pour mobiliser et signaler les clients pour protéger les enfants et changer les comportements des clients, qu’ils soient malgaches ou étrangers. À cette fin, ECPAT France travaille avec les pouvoirs publics et judiciaires, les acteurs du secteur touristique mais aussi avec les travailleurs du sexe, les clients, les jeunes et leurs familles afin d’expliquer les séquelles de la prostitution sur les enfants et les conséquences pénales pour les clients. Car à Madagascar, il est possible de ne pas fermer les yeux. La ligne téléphonique 147 est mise gratuitement à disposition des personnes qui veulent signaler un abus sur un mineur. La police des moeurs et de protection des mineurs est formée à recevoir des plaintes et l’ambassade de France est active pour s’assurer que les lois extraterritoriales, qui punissent des infractions commises à l’étranger par des Français, soient appliquées. Ainsi, le signalement de cas d’abus sexuels sur mineurs permet d’une part la poursuite du client et d’autre part de protéger les enfants. Restez vigilants et signalez !

Marie Darmayan Directrice nationale ECPAT France

* Chiffres tirés d’une étude faite par ECPAT auprès de 1 237 mineurs et et 795 clients de la prostitution, à Tana en 2013. Il n’existe pas de chiffres globaux pour Madagascar. ECPAT (End Child Prostitution and Trafficking) France a pour vocation de lutter contre l’exploitation sexuelle commerciale des enfants, c’est-à-dire la prostitution enfantine, la pornographie enfantine et le trafic des enfants à des fins sexuelles.

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