Les zébus semblent avoir toujours été là, comme une évidence du paysage malgache. Pourtant, leur origine reste enveloppée de légendes — certains les disent venus de la mer, surgis des flots par un mystère que personne n'a jamais vraiment éclairci. D'où viennent-ils, comment sont-ils arrivés sur la Grande Île ? Difficile à dire avec certitude. Mais une chose est sûre, cet animal massif s'est taillé une place centrale dans la culture malgache.

Bos taurus indicus. Le nom scientifique a quelque chose d'austère, presque incongru pour désigner cette silhouette familière — cornes en lyre, bosse caractéristique sur le garrot, robe variant du blanc crémeux au gris ardoise. C'est pourtant bien de lui qu'on parle : le zébu, l'omby, animal le plus présent dans le quotidien des Malgaches, érigé en symbole national depuis la République, au point de figurer fièrement sur les armoiries du pays. Mais cette omniprésence ne date pas d'hier — elle remonte bien avant l'époque royale. « L'omby n'est pas arrivé ici par une seule porte », explique Itamara Randriamamonjy, journaliste et titulaire d'un Master en histoire. Entre le Ve et le VIIIe siècle, les grandes routes maritimes reliant l'Inde, l'Afrique orientale et l'Asie du Sud-Est ont charrié différentes variétés de bovins jusqu'aux côtes de la Grande Île, donnant naissance à un cheptel diversifié selon les régions.
Le lovantsofina — cette mémoire transmise de bouche à oreille depuis des générations — veut que ce soit le roi Ralambo qui ait introduit le zébu à Madagascar. La réalité historique nuance ce récit. « Les traces archéologiques montrent que des bovins étaient consommés avant Ralambo », souligne Itamara. Le souverain merina n'a pas inventé l'animal — il a vulgarisé la consommation de sa viande et transformé son statut symbolique. Car le zébu est rapidement devenu une richesse au sens le plus littéral. « L'omby était une épargne sur pied », rappelle l'historien. Posséder un troupeau, c'était posséder du pouvoir — les plus beaux spécimens, les omby volavita, étaient offerts aux souverains en signe de loyauté. Au-delà du prestige, l'animal travaille aussi : il tire les charrettes, laboure les rizières des Hautes Terres, traverse les distances arides du Sud, et trouve sa place dans les rituels où certains spécimens sont réservés à des usages strictement sacrés.
Le récit des « zébus venus de la mer », lui, continue de circuler — nourri par des naufrages historiques où des bêtes destinées à l'exportation auraient été projetées par-dessus bord et auraient regagné le rivage à la nage. « Le zébu sait nager », rappelle simplement Itamara, un sourire en coin. Certaines traditions associent même ces apparitions aux esprits de l'eau et aux récits anciens liés aux Vazimba. Aujourd'hui encore, le vol de zébu — pratiqué autrefois par les dahalo, considéré à l'époque comme un acte presque sacré, un rite de passage initiatique — s'est mué en fléau sécuritaire que les autorités combattent activement dans le Sud du pays.
Lucas Rahajaniaina
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