Ombiasy : Quand la magie opère
16 août 2017 - Traditions commentaires   //   971 Views   //   N°: 91

François est un ombiasy ou dadarabe, un guérisseur traditionnel. Ce sont des personnages clés de la société malgache, descendants de familles royales et donc très respectés. Les mythes, la religion et les rumeurs ont déformé leur image et souvent minimisé leur influence. Néanmoins, sous la surface, ils sont toujours redoutés.

Un Ombiasy peut être spécialisé en médecine, en médiation spirituelle, en divination et parfois les trois. La demande d’un client est habituellement un monologue descriptif des événements qui ont mené à la visite et à la consultation. Cela peut durer un moment. L’attention inébranlable de François me frappe. On m’a prévenu de ne pas boire ou de manger tout ce qu’il me propose, mais sous le toit en tôle à Mahajanga, sa clinique à domicile, il fait chaud. Il interrompt le client qui doit aller chercher une bouteille de rhum avant de procéder.

François fouille dans son sac et me montre une moara, une corne de zébu avec une odeur musquée très pénétrante. Elle a été remplie d’un cocktail collant d’écorces et d’ossements râpés. Deux plumes de poulet sortent des deux côtés, tandis que sur le dessus une figurine représentant un homme noir me sourit. Le client revient avec la bouteille. Une prière et une goutte de rhum aux ancêtres avant que l’ombiasy donne le fanafody, le gri-gri attendu par le client. Un ombiasy, selon le résultat de sa divination, prescrit des médicaments pour les malades, des potions de protection ou des mauvais sorts pour les ennemis.

Les méthodes de divination varient selon les ombiasy. La méthode de François s’appelle le sikidy, l’art divinatoire par les graines. On croit que l’origine est arabe, bien que la date d’importation soit encore contestée. Le sikidy peut répondre à n’importe quelle question : quels jours sont fastes, quel animal doit-être sacrifé (et sa couleur), quels cultes sont rendus aux ancêtres, comment guérir les malades, comment devenir riche… De nos jours, c’est la forme la plus répandue de divination dans l’île.

François ouvre un sac blanc et vide son contenu. Les graines de voankarabo se dispersent sur le sol. Il les assemble de façon tranquille dans des rectangles. Une heure plus tard, les graines restantes révèlent la cause et l’effet. La huitième figure dite « ennemi » et la onzième « nourriture », le reste est confidentiel et doit le rester.

Texte et photo : #ToniHaddad

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