Nisea : Les choeurs de l’armée noire
1 décembre 2017 - Cultures commentaires   //   300 Views   //   N°: 95

Nisea ou l’armée des 17. C’est incontestablement la plus grosse formation de métal symphonique à Madagascar, avec ses quatre musiciens fondateurs, Rojo, la chanteuse tout-terrain, et ses 12 choristes. Un peu comme si Haendel avait choisi de convoler avec Black Sabbath…

Nisea est à la base un quatuor – nommément Tahina (guitare), Anthony (batterie), Saina (basse) et Gaston (claviers). Le nom fait référence à la ville grecque de Nicée, dans l’actuelle Turquie, celle du fameux concile du même nom, un des grands centres culturels de la fin de l’Antiquité et du début au Moyen-Age où tous les courants de pensée se retrouvaient. « On a choisi ce nom car on aime marier des genres qui n’ont que peu de choses en commun, comme l’élitisme de la musique classique et le côté populaire féroce du métal », explique Gaston. Ils ont sorti en juin dernier leur premier opus : Alohan’ny hikipiako, distribué par leur partenaire Gasy Metalhead, et également vendu pour les internautes sur Bandcamp, tandis que des extraits sont diffusés sur leurs réseaux sociaux.

Évoluant dans la mouvance du métal symphonique (Nightwish, Epica), leurs influences partent aussi bien de Haendel à Beethoven pour Gaston, que de la musique de films à la Danny Elfman ou Hans Zimmer, sans oublier les anciens du heavy métal comme Black Sabbath ou Iron Maiden. Pour la structure des compositions, Nisea privilégie le concept-album où « chaque chanson raconte un bout d’histoire, indissociable des autres ». Alohan’ny hikipiako s’attarde ainsi sur les pensées qui peuvent advenir au crépuscule de sa vie. La chanson éponyme s’intéresse tout particulièrement à l’héritage qu’on veut léguer, si possible un souvenir positif. Le morceau canalise en dix longues minutes l’état d’esprit véhiculé tout au long de l’album.

Le groupe a vu le jour en 2009, lorsque Saina et Gaston, se rencontrent dans la capitale. Chacun a fait ses armes au sein de différents cercles musicaux : Saina sur la scène black métal d’Antsirabe, Gaston, originaire de Toliara, comme organiste et chef de chœur, rien à voir ! De leur passion commune pour les orchestrations grandiloquentes du groupe Epica va naître ce style choral très appuyé. Les 17 musiciens ont défendu leur premier opus, en avant-première, le 24 septembre 2016 à l’IKM Antsahavola, pour un accueil très positif : « On est le premier groupe de métal symphonique à avoir une véritable chorale dédiée, les gens retiennent surtout ça ! » Nisea entend d’abord se forger son identité plutôt que de se précipiter en studio : « Nous n’avons pas la prétention d’être des professionnels. On apprend sans arrêt, jusqu’à la mort. Anthony trouve parfois une rythmique qui lui plaît en tapant du pied dans les transports en commun, quand on se réunit il nous en parle et on travaille tout ça. » Il n’est pas rare que l’un d’eux ramène un morceau en grande partie composé auquel Rojo viendra ajouter sa touche personnelle avant que la chorale n’intervienne. « Je ne donne pas un morceau préfabriqué aux choristes », insiste Gaston.

Tous regrettent que le rock local soit encore victime d’une certaine étroitesse d’esprit. « A l’étranger, un musicien joue sur scène et a sa vie privée à côté. A Madagascar on mélange tout, un musicien de métal sera forcément perçu comme un voyou alcoolique anticlérical, un chanteur de reggae consommera forcément de la drogue », se désole Gaston. « On a tellement une idée préconçue du métal que dès qu’on met plus de mélodie que d’agressivité, plus de claviers que de guitares, on se fait huer », ajoute Saina. Inversement, tous s’accordent pour constater que le niveau s’élève d’année en année et que les groupes d’ici n’ont plus à rougir par rapport à ce qui se fait à l’international. Leur prochain album, un EP de quatre ou cinq titres, est déjà prévu pour 2018. Si le chœur vous en dit.

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