Mpanety : Au poil chez Toky !
6 juillet 2012 - Métiers commentaires   //   971 Views   //   N°: 30

Coupe Christiano Ronaldo ou Jean-Claude Van Damme ? Depuis huit ans, Toky est installé comme coiffeur pour hommes au bord du lac Anosy. Si son salon ne paye pas de mine – quatre planches ouvertes à tous les vents – son coup de ciseaux en revanche est magique… 

Il existe bien des a priori sur ces coiffeurs (mpanety) installés au bord du lac Anosy. Leur simple évocation suffit à faire dresser les cheveux sur la tête des minets des beaux quartiers. « On croit qu’on ne coupe que les dockers du marché d’Anosibe, les tireurs de pousse-pousse et les clochards, mais il m’arrive aussi de coiffer des vazaha », ironise Toky, 28 ans, dont la paire de ciseaux cliquette follement dans la tignasse d’un de ses clients. Très concentré sur sa nuque, il se fait fort de lui faire en cinq minutes la « coupe à la Jerry Marcoss » qu’il lui a demandée.

Dans le bout de glace ébréché accroché au mur qui sert de miroir, il peut lire la satisfaction du client à mesure que le travail avance. Car Toky est considéré comme un as à Anosibe. Et c’est tout à fait vrai que des « vazaha en 4×4 » n’hésitent pas à prendre place sur son vieux tabouret branlant ! « A 1 500 ariary la coupe, ils ne trouveront pas moins cher », rigole Toky, le coup de ciseaux bravache dans la dernière lumière de fin d’après-midi. « Tu me commandes la coupe Jean-Claude Van Damme, je te la fais. La coupe Christiano Ronaldo, la plus demandée, je te la fais, Exactement comme à Paris ou à Rome. »

De travailler les occiputs à la tondeuse ne l’empêche pas de parler turf, son dada, avec les clients ou d’envoyer de grasses plaisanteries à Tiana, son assistant, histoire de faire rigoler tout le monde. Parfois, quand un air passe à la radio, il y va de son petit couplet a capela, vrai Barbier de Séville dont la voix de stentor fait se retourner les passants dans la rue. Quand il a fini un client, il lance le plus cérémonieusement du monde : « Au suivant de ces messieurs ! » Et les suivants ne manquent – une bonne dizaine par jour, tellement Toky est sollicité.

Depuis huit ans qu’il pratique au bord du lac, son salon n’a pas bougé : un placard de 1,50 m² ouvert à tous les vents. « Couper les cheveux fait partie des besoins trop cher et que tu coupes bien, les clients te restent fidèles. » Avec un salaire journalier de 15 000 ariary, il s’estime plutôt bien loti en ces temps de crise, sans compter les cheveux tombés à terre revendus 1 200 ariary le sac de 7 kg.

Sans avoir suivi la moindre formation, Toky a la coiffure dans le sang. Une histoire de famille puisque son père et ses frères sont également dans la partie. « J’ai appris en regardant mon père et en cherchant à améliorer certains trucs. Par exemple, la communication. C’est aussi important que la coupe. Un client qui reste un quart d’heure doit être écouté, dorloté et quand il ressort il doit se sentir heureux, c’est fondamental. » Bref, un métier qu’il pratique avec un instinct sûr et qu’il compte exercer encore très longtemps, quand il aura des cheveux blancs. 

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