Mme Zo : « Tout est matière à tisser »
13 août 2018 - Que sont-ils devenus ? commentaires   //   462 Views   //   N°: 103

Dans no comment® n° 42 (juillet 2013), nous avons visité l’atelier de Mme Zo à Ampasapito. Un véritable « matériauthèque », où l’art du tissage va au-delà du traditionnel. Grâce à ses tableaux qui osent les matières inédites, Mme Zo sera exposée au musée du quai Branly à Paris à partir de septembre.

« Je n’assemble pas les matières pour transmettre forcément un message. Je trouve juste cette collusion entre matières plus poétique. »

Pour Mme Zo, tout est matière à tisser : raphia, papier journal, bande magnétique, fil de cuivre, piment, pain, etc. Rien ne l’arrête ! Zoarinivo Razakatrimo, son nom à l’état civil, est une artiste tisserande hors-normes. Ses tableaux de 1 mètre 95 sur 2 mètres cassent la monotonie. Tantôt des tissages performances qui jouent de l’éphémère (tableau de piments tissés), tantôt des tissages design (chutes de papiers journaux tissés) ou encore des tableaux d’œuvres d’art singulières.

Sur son métier à tisser créé sur mesure pour elle, Mme Zo travaille sur un tableau qui mêle bande magnétique et guidon de bicyclette. « J’aime faire des expériences sur les matières. En ayant vu le guidon de bicyclette, j’imagine déjà la finalité de l’œuvre en question. » Ses tissages prennent vite un aspect polysensoriel lorsqu’elle incruste de la racine de vétiver dans le tissage de la bande magnétique. « La bande magnétique a été récupérée. La racine de vétiver est utilisée pour ses vertus pour la santé. Je n’assemble pas les matières pour transmettre forcément un message. Je trouve juste cette collusion entre matières plutôt poétique. »

Mme Zo prépare aujourd’hui ses tableaux pour l’exposition « Madagascar » au musée du quai Branly, qui se tiendra du 18 septembre au 1er janvier 2019. Ses œuvres seront exposées aux côtés de celles de Temandrota, Pierrot men et Efiambelo. Il s’agit de sa plus grande exposition après son passage à la Triennale de la tapisserie en Pologne (2007), au National Muséum of African Art à Washington DC (2004) ou encore à la Biennale de Dak’Art (2000 et 2002).

Mme Zo a commencé par des matières conventionnelles, notamment le tissu. En l’an 2000, elle a le déclic d’essayer de nouvelles expériences. « Je préfère maintenant poser un regard attentionné, je dirai même émerveillé sur les matières de la vie. » Aujourd’hui, elle a une cinquantaine de tableaux. Pour les faire, elle récupère des bandes magnétiques à l’Institut français de Madagascar. Elle sillonne les brocanteurs d’Ambodin’isotry à la recherche de fil de cuivre. Elle ramasse les copeaux de bois chez les menuisiers de son quartier. Elle commande de la racine de vétiver chez des amis à Tsiroanimandy. « Quand je veux une matière, je fais tout pour l’obtenir. J’aime tout ce qui est déchet. J’adore jouer avec. » Les idées fusent dans la tête de Mme Zo. Elle souhaite un jour fonder le premier musée du textile à Madagascar. Du jamais vu à Madagascar !

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