Michèle : « Je devais revenir à mes valeurs »
5 juin 2015 - Hexagone commentaires   //   2115 Views   //   N°: 65

Michèle Hantanirina Rakotolahy, 35 ans, est assistante import dans la mode chez une grande créatrice parisienne. Aujourd’hui, le bonheur lui tend la main mais elle est passée par bien des épreuves avant d’espérer la saisir. 

Dès son plus jeune âge, cette enfant de bonne famille  a fréquenté les meilleurs établissements de la capitale et reçu une éducation à la française. Après deux années d’études en commerce international, Michèle présente un dossier,   sans trop y croire  , dans le cadre d’un  partenariat avec l’Université de Troyes. Sélectionnée, elle débarque la veille du 11 septembre 2001 : Mais le seul bouleversement dans ma vie était mon départ.   

Elle bénéficie de conditions exceptionnelles : La chambre était payée pour l’année et on avait de l’argent.  Bien vite, la différence de cultures lui devient   flagrante  :   Ici, il faut s’affirmer, il faut être le premier en tout. Dix ans après, j’ai toujours le même sentiment

La crise de 2002 complique sévèrement les finances de ses parents qui lui demandent de rentrer. Michèle dit non et, avec le soutien quotidien de compatriotes, elle décroche un stage chez H&M : Je n’avais pas conscience de l’importance de l’entreprise et l’on m’a fait confiance

Tout lui sourit jusqu’au terme de son stage quand la responsable des ressources humaines lui propose un CDI (contrat à durée indéterminée) et s’aperçoit qu’elle est  en situation irrégulière depuis trois jours. Les années suivantes ont été   très dures. Embauchée à temps partiel, elle  vagabonde d’habitat en habitat, avant de loger, avec une amie,  dans un hôtel de passe, au milieu des prostituées et des toxicomanes à  80 euros la semaine. Elle se rend  au bureau   le ventre creux mais la tête haute : Manalabaraka (honteux).  

Elle s’installe bientôt dans un Foyer de jeunes travailleurs à Épinay-sur-Seine  , s’inscrit en chinois à Paris, en attendant son  titre de séjour salarié, et travaille au Bourget :  Une heure et demie de trajet matin et soir. En 2003, quand elle reçoit le courrier de la Préfecture qui la régularise, elle craint l’expulsion : J’habitais au septième étage, rentrer au pays aurait été un échec. J’ai pensé à me jeter par la fenêtre alors j’ai ouvert l’enveloppe au rez-de-chaussée.  

Dès lors, sa vie bascule : titre de séjour, emploi à temps plein, bon salaire mais, deux ans plus tard, le service ferme et Michèle refuse le poste de manutentionnaire qu’on lui propose pour un emploi dans son secteur.

Cette démission engendre de nouvelles complications :  En 2004, j’ai rencontré un Malgache qui m’a proposé de nous marier pour assurer ma situation. Nous avons été mariés pendant huit ans. Il m’a respectée et m’a beaucoup soutenue. Michèle enchaîne alors poste sur poste, dans une dynamique de réussite ; elle prend du grade, voyage à l’étranger et réalise ses rêves  : Je suis aussi devenue très matérialiste, je ne pensais qu’à l’argent et à ma carrière. Son mari, lui, pense  famille et leurs chemins se séparent. C’est la rencontre d’Erwan qui lui rend brutalement sa clairvoyance : Je suis tombée enceinte et j’ai fait une fausse couche. Un signal qui m’a fait réaliser que je devais revenir à mes valeurs

Aujourd’hui, Michèle est   heureuse Fiancée  à un homme qu’elle aime, elle veut  construire une famille  et rester en Europe pour aider les siens, au pays, et  les générations à venir :   Si je devais rentrer, j’élèverais mes enfants comme j’ai été élevée et ils risqueraient de se trouver eux-mêmes, un jour, au septième étage… 

Texte et photo : #ChristopheGallaire

COMMENTAIRES
Identifiez-vous ou inscrivez-vous pour commenter.
Fermer