Marisoa Ramonja : Chronique d’une croqueuse
10 mai 2016 - Cultures commentaires   //   507 Views   //   N°: 76

Et si on se laissait tenter par du cabaret décalé, sensible et burlesque, sur la femme, son désir, sa liberté ? Face à une diablesse pleine de vie et d’envies, nous devenons les spectateurs consentants d’une pièce intimiste.

Avec ses grandes lunettes en forme de cœur, habillée d’une robe en soie légère, une diva apparaît dans la lumière tamisée. Avec sa voie suave, Marisoa Ramonja invite le public. « Bonsoir et bienvenue dans notre cabaret sensuel. Au programme : désirs, fantasmes, tabous, orgasmes. Êtes-vous prêts à aller jusqu’au bout ? » Une seule chaise sur la scène, celle d’Alain Venerey, le pianiste, éclairé d’une lampe rose. Chroniques d’une croqueuse est un spectacle d’un peu plus d’une heure, tantôt déjanté, tantôt drôle. Avant d’entrer dans la salle, un petit carton est remis à chaque spectateur/-trice sur lequel il/elle inscrit anonymement son désir intime le plus fou. Lors du rituel final, la croqueuse récupère tous les cartons et libère publiquement les désirs. « Il est question de la femme, son corps – sujet et objet, et de sa liberté. Mesdames, savez-vous que le clitoris compte au total huit mille terminaisons nerveuses, plus que le gland du pénis ? Qu’est-ce qu’on attend ? Osons-nous définir ! Osons être nous-mêmes ! »

Née à Madagascar de père malgache et de mère française, Marisoa Ramonja a grandi dans un contexte politique et social défavorable aux femmes et à leur liberté. « J’ai toujours été sensible à la condition de la femme, les interdits, la maltraitance et l’excision. En France où je vis actuellement, la question de la liberté de la femme est loin d’être réglée, ne serait-ce que pour parler du droit à l’avortement, remis régulièrement en question. » Chroniques d’une croqueuse, sa pièce phare, lui permet de parler ouvertement en sept séquences, d’une manière burlesque, de ses réflexions sur les femmes d’aujourd’hui, d’ici et d’ailleurs, en société et en intimité.

Depuis sa création en 2012, la pièce a été jouée 80 fois en France, plus quelques unes à Madagascar, dans les Alliances françaises et au Centre de ressources des arts actuels. « Au cours de ces trois années de représentations, j’ai remarqué que ce spectacle libère systématiquement la parole sur l’intime, et que les gens ont besoin de se confier et de partager un bout de leur histoire. » Fort de ce constat, Marisoa Ramonja utilisera ce spectacle comme support pédagogique d’éducation à la sexualité auprès des adolescents, et comme outil de revalorisation de soi auprès de femmes ayant subi des violences. Marisoa Ramonja travaille aussi actuellement avec la vidéaste Isabelle Sers sur un court-métrage expérimental sur le cycle menstruel et prépare son prochain spectacle, Utérus cactus, qui questionne sur la relation corps de la femme – secteur médical.

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