Manana : On est toujours un étranger
10 mars 2015 - Diaspora Hexagone commentaires   //   1478 Views   //   N°: 62

Ramanajafy Ambinintsoa, dit Manana, 37 ans, est mécanicien. Natif de Tana, il grandit à Mahajanga et quitte définitivement Madagascar en 2002. Aujourd’hui, il vit à Marseille. Sans papiers en France pendant huit ans, demain, c’est aux Etats-Unis ou en Australie qu’il tentera sa veine. 

Après ses études secondaires, Manana a l’insolence de ses 20 ans : il veut gagner sa vie et l’Europe. Il s’envole, avec un visa de trois mois, pour la Corse : « Une première expérience. » Après la crise politique de 2002, il atterrit à Paris.

Il a 25 ans, cinquante euros en poche et, dans son baluchon, ​« deux slips, deux tee-shirts, un pantalon et une chemise, au cas où ». Les premiers temps, il est hébergé chez l’ami d’une amie, de celle qui deviendra bientôt sa femme. L’homme, un Malgache, est mécanicien dans un garage Porte des Lilas, à Paris, tenu par un Malgache.

Manana ne connaît rien à la mécanique, mais le patron l’engage  et l’héberge sur place  dans une mezzanine : 
« En France, sans spécialisation, c’est difficile de trouver du boulot. Pour s’en sortir, il faut un mental d’acier ! »​

Quand son visa expire, le tenancier tire profit de la situation : « Il me payait quand il voulait ; moi j’étais comme un petit toutou. » Manana ronge son frein. Six mois durant, il apprend les rudiments du métier avec un autre mécano, lui aussi en situation irrégulière, avant d’être rejoint par Tina, sa copine étudiante. Le couple emménage dans un petit logement estudiantin, à Paris, dans le XIXe, se marie et met au monde une petite fille. Les difficultés financières occasionnent de nombreuses tensions dans le ménage. Manana doit quitter le garage. Le soir, il se forme dans les livres et le matin, au volant de sa Peugeot 205 emplie d’outils, il va à la casse. De vidanges en changements de plaquettes, il travaille d’arrache-pied, se fait une clientèle et gagne jusqu’à « 150 euros par jour » : « J’étais un charlatan mais c’était mieux que de rester au garage. »

En 2006, le mariage bat de l’aile et, pendant six mois, Manana loge chez un ami. Il doit bientôt se résigner à sa 205. Pour « dormir dans un lit et prendre une douche », Manana engueuse « tout ce qui bouge » dans les boîtes de nuit non loin de Lille. Neuf mois avec une, deux ans avec une autre : « Vivre avec une Française c’est compliqué ! Elles sont jalouses. Je n’avais plus aucune liberté. Je devais me taire ou retourner dormir dans ma bagnole. »

Après huit ans de procédures et de procès, Manana est régularisé en 2010 : « Quand j’ai eu mes papiers, je suis descendu à Marseille pour acheter une camionnette. J’ai dragué la propriétaire et je me suis installé chez elle. J’y suis encore mais c’est toujours la même chose… » L’année prochaine, Manana demandera une carte de résident puis sa naturalisation : « J’ai envie de devenir Blanc ! » Et, dans deux ans, il tentera sa veine aux Etats-Unis ou en Australie : « J’attends d’avoir la nationalité française. En cas de problème, je pourrai revenir en France, même si en France, c’est difficile de faire sa place. Ici, on est toujours un étranger. »  Pour  autant, Manana  le  reconnaît  volontiers,  il doit « beaucoup  à la France » ; elle a façonné sa « manière de voir les choses » : « Aujourd’hui, je sais que la vie est belle mais courte, il ne faut pas perdre son temps. »

Texte et photo : #ChristopheGallaire 

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