Mamina : « Un sample piqué sur Internet ne remplacera jamais la valiha »
7 juin 2018 - Cultures commentaires   //   394 Views   //   N°: 101

Son engagement pour une musique malgache débarrassée des mercantiles de tout poil (inutile de les nommer) ne lui fait pas que des amis sur les médias mainstream. Pourtant, Rakotondravao Andriamamininaina dit Mamina persiste et signe. Tout seul avec ses 24 ans, sa guitare et ses riffs mordants.

La force de ta musique puise dans ta parfaite connaissance de la musique malgache…
Avant d’explorer celui des autres, je fouille dans le patrimoine musical de mon pays. Il n’y a pas une seule musique malgache, elle est plurielle et complexe, et moi J’assemble les rythmes et tonalités des différentes régions quitte à produire des choses incongruse. Pour ma chanson « Gasikara » par exemple, c’est un réglage ba gasy des hauts plateaux, avec du rythme salegy du Nord et une manière de chanter du Sud dans la tonalité du Beko. Je voudrais que tous les Malgaches puissent s’identifier à ma musique. Grâce à mes recherches, j’ai été le coup de cœur du concours musical télévisé « Feo Tokana Gitara Iray » (Une voix, Une guitare) et j’ai participé à la première partie d’Erick Manana au Casino de Paris en mai 2017. Dans la foulée, j’ai fait la première partie d’Alala en décembre dernier à Antananarivo.

D’où est née ta passion pour la guitare ?
Avant la guitare, il y a d’abord eu la voix. J’étais dans la chorale d’enfants à l’Ekar Anosivavaka dès l’âge de 6 ans. J’ai pu développer ma tessiture vocale pouvant aujourd’hui atteindre jusqu’à cinq octaves. Le chant m’a conduit à explorer d’avantage la musique jusqu’à apprendre la guitare en autodidacte en classe de seconde. Je me souviens de ces beaux moments à la Fac où on jouait sur les tamboho d’Ankatso près du terrain de tennis. Ces moments ont façonné ma technique car j’ai beaucoup appris auprès de mes amis du Sud. A l’époque, je suivais des cours d’économie mais je préférai passer mon temps à jouer. J’ai vite abandonné cette filière pour me consacrer à l’anglais. Savoir manier cette langue me permettra d’amener ma musique hors des frontières de la Grande Île.

Tu te considères comme un chanteur engagé ?
J’aime quand les gens écoutent mes chansons et qu’ils se disent « ah, tiens c’est vrai ! ». Je traite de thèmes comme l’amour, l’environnement mais ce qui me parle le plus, bien sûr, c’est la musique. Mon single « Mila vonjy ny kanto malagasy » (Sauvons les musiques malgaches) traduit parfaitement ce que je pense. Aujourd’hui, notre système musical est dominé par les mercantiles. On consomme tout ce qui est dans le vent, mais ce n’est que du vent. Dans ma chanson, je raconte qu’il vaut mieux exploiter nos instruments traditionnels comme la valiha que de télécharger un sample tout fait sur Internet. Ce sont des pratiques qui entraînent une baisse de qualité de notre musique, sans parler du rabotage des esprits. Un jour j’ai voulu diffuser cette chanson sur une radio mais on l’a refusée par peur de la polémique qu’elle pouvait engendrer. Voilà où on en est !

Des projets en vue ?
Mon album  Mila vonjy ny kanto malagasy » avec ses sept titres est prévu pour cette année. Je compte en parler jusqu’à ce qu’on m’entende dans les médias mainstream !

Contact
Mamina : 034 68 630 06

Propos recueillis par #PriscaRananjarison

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