Makwa Joma : « L’art n’est pas une question de sexe ! »
5 mars 2018 - Cultures commentaires   //   631 Views   //   N°: 98

Elle peint les maux d’une société décadente où règne la haine, le racisme, la misogynie… A travers Makw’Art , son groupe, cette jeune artiste de Toamasina, utilise le slam musical comme une arme pour lutter contre toutes formes d’injustices. Quand les hommes vivront d’amour ?

© Photo : Michaël Andrianaly

Slamer c’est s’engager ?
C’est en tout cas un moyen de s’exprimer librement.A travers mes mots, je voudrais motiver les gens à dénoncer l’injustice, le racisme, l’insécurité… Les motiver aussi à croire, à se battre pour créer un avenir meilleur. Je partage mon art parce que c’est la seule arme que j’aie. C’est le seul instant où sur scène, je parle à l’oreille du monde. Tant que j’entends cette musique intérieure, ces cris, cette haine, cette mélancolie que vivent les hommes et les femmes, mes mots ne dorment pas. Il est absurde pour moi de me taire et d’être spectatrice de tous ces maux. Je veux être une porte-parole.

C’est pas limite Bisounours ?
Les thèmes que j’aborde sont basés sur notre vie sociale qui est remplie d’injustices, de violations des droits de l’Homme et de manipulations. Je parle souvent du bonheur amer des enfants des rues comme dans le titre « Zanaky ny lalagna. » Mais je défends aussi la culture malgache, les coutumes, la sagesse des ancêtres, les ethnies que je dévoile dans des textes comme « Fihavanam-bola » ou « Gasy ano, aiza ny soatoavigny ? »

Femme rime avec slam ?
Mais ce n’est pas chose facile. On porte toujours cette image du sexe faible et certains pensent encore que c’est un milieu réservé aux hommes. Cette misogynie dans le monde de l’art me pousse à aborder des thématiques comme le droit des femmes, l’acception de l’autre. Si tu as des choses à dire ou à revendiquer, si tu as de l’inspiration, tu peux slamer. L’art n’est pas une question de sexe !

Tu es aussi musicienne et danseuse…
Avant de découvrir le slam, j’étais déjà passionnée par la danse et la musique. C’est pourquoi j’ai décidé de faire du slam musical (spoken word). Le but est de rendre les textes plus vivants, pour sortir de la monotonie et entraîner le spectateur dans une spirale de sensations uniques. Dans mon groupe, Makw’Art, on fusionne musiques traditionnelles, soul, reggae ou jazz selon nos inspirations communes. Il est composé de Fabrice Mora du groupe Alpha Gospel, des choristes Sabrina Issop et Jean D’nam’s, du bassiste Razakarintsalama Lantonarivo, du guitariste et pianiste Nicky D’wyde, du percussionniste Nonoh Ramaro et de moi-même.

Des projets ?
Ce mois de mars, je serai en tournée avec le groupe de danse Tahala Compagnie sur une pièce intitulée « Tsingy » de la chorégraphe Zoé Johnson Randrianjanaka. Cette pièce a déjà été présentée en Côte d’Ivoire lors des Jeux de la Francophonie. Je prévois également de faire le tour de Madagascar pour vulgariser le slam dans les villes où cet art est encore méconnu.

Contact
Makwa Joma : 032 63 429 63

Propos recueillis par #AinaZoRaberanto

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