Lynchage populaire : « Le système judiciaire est malade »
10 mai 2017 - Tribune commentaires   //   905 Views   //   N°: 88
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Le lynchage populaire est de plus en plus présent à Madagascar soit 44 cas enregistrés en 2016, une statistique macabre. Les Malgaches ne s’indignent plus face à ces meurtres collectifs tellement médiatisés. Et les droits de l’Homme là-dedans ? La parole au Syndicats des Magistrats de Madagascar.

Les cas de vindicte populaire les plus tristes sont ceux de Sambava, Vatomandry, Mampikony, Mananjary ou encore de Befandriana Nord. Certains ont été causés par la méfiance et le refus de l’autorité administrative, d’autres par la transgression de règles morales – les « dina » (dûs) et les « fady » (interdits). Parfois, c’est un moyen pour la population de défier l’autorité comme le cas du lynchage d’un gendarme à Vangaindrano. Le point commun entre ces cas reste la présence d’une foule dont la colère est attisée par un ou quelques leaders.

A l’heure actuelle, le système judiciaire est malade, dès l’enquête jusqu’au procès et à l’exécution des décisions de justice. Chaque niveau connaît des difficultés majeures de coordination. Il arrive même que des contradictions surviennent comme le fait que le magistrat ordonne l’emprisonnement et que par la suite l’administration pénitentiaire autorise la sortie du prisonnier. De plus, le budget alloué au Mministère de la Justice pour 2017 est seulement de 2 % du budget de l’État.

Le secteur n’est pas une priorité pour les dirigeants malgré les discours interminables sur l’État de droit et la bonne gouvernance de la justice. Aussi, la corruption ne cesse de gangréner ce secteur. Il existe au sein des tribunaux des gens qui profitent de l’ignorance des justiciables et qui en font un véritable business ; ils rackettent les pauvres gens en prétendant connaître le magistrat qui traite l’affaire.

Quant à la population, elle se sent abandonnée par toute forme d’autorité administrative. Cette frustration se voit tous les jours et est confortée par les difficultés financières et la colère face au manque de redevabilité des tenants du pouvoir. Voyez simplement une collision entre une voiture et un passant. En quelque secondes, une foule se forme et réclame qu’on lynche le conducteur. Cette colère est latente, elle est là et dès qu’une occasion se présente, la population en profite comme dans le cas d’Antsakabary où une frange de la population s’est jetée sur des policiers et les ont mutilés.

Au niveau politique, l’État est absent dans les fins fonds de l’île d’où ce sentiment d’abandon. Certaines régions ne reçoivent de visites officielles que lorsqu’une catastrophe survient comme les cyclones et le kere (famine). Par ailleurs, le comportement de certains hommes politiques laisse perplexe : lorsqu’un parlementaire appelle au lynchage populaire, on ne peut que s’étonner d’entendre de telles déclarations venant d’une personnalité chargée de voter les lois de la République, lois qui sont inspirées de nombreuses conventions internationales sur la protection des droits de l’Homme.

Aujourd’hui, nous, Syndicat des magistrats de Madagascar (SMM), tirons la sonnette d’alarme en disant que le respect des droits de l’homme n’est pas aussi éloquent que l’on veut lefaire croire à Genève lorsqu’on y présente des rapports.

Hubert Tiaray Fanahimanana
Vice président du Syndicats des magistrats de Madagascar

Créé en 1992, le Syndicats des magistrats de Madagascar compte environ 900 magistrats. Il travaille aujourd’hui à l’élaboration d’un projet portant sur des colloques dans les régions les plus touchées par la vindicte populaire.

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