Les Zafimaniry ont-ils inventé les Lego ?
10 juillet 2017 - Traditions commentaires   //   329 Views   //   N°: 90

Les Zafimaniry ont développé une science rare dans la construction de leurs maisons. Constituées uniquement de matériaux de vie, en l’occurrence de végétaux, elles ne font pas appel aux clous ni aux vis pour joindre les différents éléments. Tout s’encastre comme un véritable jeu de Lego avant la lettre !

Dans tout Madagascar, les maisons sont orientées nord-sud. Les Zafimaniry ne dérogent pas à cette règle, tout comme ils obéissent à la tradition qui leur commande de construire avec des matériaux « vivants », tirés de végétaux, la pierre et le sable, matériaux morts, étant eux destinés aux tombes. Ni clous, ni vis, ni fers ronds pour tenir la maison dont les pièces s’emboitent comme par magie, un peu à la façon d’un jeu de Lego. La maison est ainsi entièrement démontable et remontable à volonté !

Des bois imputrescibles et très durs sont utilisés pour faire les poutres de la charpente. Généralement, ce sont des nato, une espèce de la famille des Sapotacées. Toutefois, seules trois des quatre poutres profondément plantées dans le sol sont en bois dur, la quatrième étant d’un bois moins solide, car l’habitation ne doit pas durer plus longtemps que son propriétaire. C’est ce que révèle le précieux livre de Daniel Coulaud, Les Zafimaniry, édité en 1973.

En fait tout l’édifice repose sur l’« andry mafana » ou pilier central. Il n’est central que de nom car il ne doit pas être mis au milieu de la construction, mais un peu au sud, la partie la moins noble de la maison. Cette dernière mesure 5 mètres de long sur 4 mètres de large. La hauteur des murs varie selon la disponibilité des bois, entre 1,80 m et 2,40 m.

Constitués de planchettes glissées entre deux poutres de remplissage, les murs sont protégés par des auvents. Dans le souci de garder l’étanchéité de la maison et de se protéger des vents des hautes terres, les joints des poutres et des planchettes sont enduits de bouse de vache, sèche de préférence. Des bambous cassés couvrent la maison. Dans les combles, des solives soutiennent les panneaux de bambous tressés, capables de supporter le poids d’un homme.

Les trois murs nord, est et sud ont chacun deux petites fenêtres tandis que sur la face ouest se trouvent la porte et une fenêtre. Une autre particularité de cette maison traditionnelle : les portes et fenêtres sont monoxyles, d’un seul bois, pas de planches assemblées comme dans le reste du pays. Du bambou tressé ou lié constitue le plafond et les combles avec une ouverture pour y accéder. Les pignons triangulaires sont également en bambou tressé, celui du nord possède une petite fenêtre pour évacuer la fumée du foyer. Les pointes des pignons sont ornées de diverses sculptures, allant de formes géométriques à des représentations de pigeons.

Des chevilles de bois ferment les fenêtres, alors qu’un loquet sert de serrure à la porte. Le seuil de la maison mesure jusqu’à 45 cm de hauteur. De ce fait, il fallait une pierre plate comme première marche pour faciliter l’entrée. Les poutres et les murs arborent des rainures. La porte et les fenêtres présentent des formes géométriques marquant la solidarité, les liens familiaux et le partage du bonheur. Il est à noter que la taille et la sculpture des bois durent trois mois alors que le montage d’une maison se fait en moins d’une semaine.
Si la maison n’est composée que d’une seule pièce, le moindre espace a sa vocation. Partagée en deux parties distinctes, au nord et au sud du pilier central, la pièce est composée de l’espace « de service » au sud et de la partie noble au nord. Au sud se trouve l’âtre en terre et les ustensiles de cuisine placés sur des étagères fixées le long du mur. Le lit, orienté nord-sud et composé de multiples couches de nattes et occupe le coin sud-est de la maison.

Le pilier central est réservé aux anciens et aux visiteurs, les seuls qui peuvent s’appuyer sur ce support de la maison, une pratique également constatée dans l’Imerina. Sur la partie nord de la pièce, des tabourets monoxyles, assez bas, sont rangés pour recevoir les invités. Recouverte de nattes, la partie nord est le lieu de vie des Zafimaniry : les femmes y font de la vannerie, on y mange, les adultes y dorment dans un lit sculpté. Une grande malle qui sert de garde-robe et de coffre, des pots pour le miel et le galeoka (alcool de canne distillé traditionnellement), tous ornés de sculptures géométriques, occupent cette partie de la maison. Comme en Imerina, le coin nord est alahamady, c’est l’endroit où l’on invoque Dieu et l’esprit des ancêtres. C’est là qu’on verse des gouttes de miel et de galeoka lors des fêtes traditionnelles.

Avec le modernisme et la rareté des grands arbres, des maisons en brique et en adobe commencent à envahir les villages zafimaniry, surtout dans les parties basses d’Antoetra, de Sakaivo Nord ou de Sahanato. Un trésor inestimable, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO et qu’il nous appartient à tous de ne pas laisser mourir.

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