Les pêcheurs s’organisent : Pas la mer à boire !
2 novembre 2017 - Tribune commentaires   //   498 Views   //   N°: 94

Depuis 2012, les communautés de pêcheurs sont regroupées au sein du réseau national d’entraide Mihari. Aux quatre coins de l’île, elles s’organisent pour gérer leurs ressources naturelles avec l’appui des ONG marines. Et pour la première fois, elles adressent trois demandes au gouvernement au nom du développement durable.

Une étude de 2004 montre que plus de 500 000 personnes vivent de la pêche à Madagascar, dont plus de 83 % font partie de communautés côtières qui pratiquent la petite pêche. Il est donc primordial d’impliquer les communautés de base dans la gestion des ressources marines, c’est même indispensable pour espérer un succès à long terme.

Depuis 2006, un nouveau concept appelé Locally managed marine areas (LMMA) ou Aires marines gérées localement (AMGL) est mis en œuvre. Reconnu pour son efficacité, il a déjà fait ses preuves en Asie et dans le Pacifique dès les années1990. Il consiste à aider les communautés à gérer elles-mêmes leurs ressources naturelles, avec l’appui des ONG et des autorités. Aujourd’hui cette approche est devenue un mouvement puissant et durable à Madagascar, et même une fierté pour le pays au niveau international.

En 2012, les communautés de pêcheurs se sont regroupées au sein d’un réseau national d’entraide appelé MItantana HArena an-dRanomasina avy eny Ifotony (Mihari). Il compte aujourd’hui plus de deux cents communautés, ce qui représente un mouvement de société civile très important à l’échelle nationale. Ce réseau vient de franchir une étape majeure, en ayant rassemblé à Tolagnaro (Fort-Dauphin) du 27 au 31 juillet les représentants de 170 communautés côtières, avec des représentants du gouvernement, des ONG marines et du secteur privé.

Les représentants des communautés de pêcheurs ont élu leur président national, Hermany Emoantra, originaire d’Anakao dans le Sud. Ensuite, ils ont adopté trois motions adressant un message fort au gouvernement ainsi qu’aux bailleurs et aux ONG. Ces trois textes ont été présentés lors d’une conférence de presse organisée avec le ministère des Ressources halieutiques et de la Pêche le 17 août dernier. Ils sont d’une importance cruciale pour l’avenir des petits pêcheurs à Madagascar.

Primo, Les communautés veulent que leurs conventions sociales ou Dina soient reconnues et homologuées plus rapidement. Ces lois communautaires sont reconnues comme efficaces pour la gestion locale des pêches mais leur homologation s’apparente trop souvent à un parcours d’obstacles et mérite d’être simplifiée.

Secundo, les petits pêcheurs veulent des mesures fortes contre les engins de pêche destructeurs, en grande partie responsables de la baisse des stocks halieutiques côtiers et de la dégradation des écosystèmes. En particulier, l’usage des moustiquaires comme filets de pêche est un grave problème partout à Madagascar. Il peut être résolu très facilement : en les interdisant, d’autant qu’il existe des alternatives parfaitement viables.

Tertio, les communautés demandent au gouvernement de leur octroyer un droit de pêche exclusif le long de la bande littorale, comme c’est souvent le cas dans les autres pays du monde. En effet, elles subissent actuellement une pression des bateaux de pêche industriels qui contribuent largement à la dégradation des écosystèmes fragiles et à l’épuisement des ressources communautaires.

En cinq ans d’existence, Mihari est devenu une plate-forme incontournable où les acteurs de la gestion locale marine prennent leur avenir en main. Faire entendre la voix des communautés côtières pour une gestion marine plus durable, ce n’est finalement pas la mer à boire!

Vatosoa Rakotondrazafy (coordinatrice nationale Mihari) et
Hermany Emoantra (président du bureau national)

Mihari est un réseau national créé en 2012 dans le but de résouder les problèmes d’isolation auxquels les communautés de pêcheurs à Madagascar font face, en assurant l’échange de bonnes pratiques et le partage d’expériences. Il vise également à représenter les voix de ces pêcheurs à tous les échelons et à renforcer leurs capacités en termes de gestion.

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