Les lundis de la grande vadrouille
12 mai 2016 - Cultures Fomba commentaires   //   1217 Views   //   N°: 76

Vivement dimanche premier mai ? Non ! Vous voulez rire ? Que voulezvous que le prolétariat triomphant fasse avec une fête du travail qui tombe un dimanche ? Le dimanche, c’est chaque année, férié, chômé et payé. Que ce jour béni entre tous coïncide cette année avec la fête du travail n’apporte aucun plus. Surtout qu’à Madagascar, il y a plein de jours tabous par semaine, pour le travail des champs par exemple. Le jeudi par ici, le mercredi par là ou le mardi ailleurs, les jours d’interdits existent, confortés par des traditions immémoriales. C’est toujours autant de gagné pour tous ceux qui sont allergiques aux prescriptions bibliques du fameux

Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front. Rien d’étonnant que dans le cas d’espèce, des gros malins à l’imagination facile assimilent la fête du travail à la fête nationale de la libération du prolétariat de l’esclavage patronal. Il vaut sans doute mieux attendre 15 jours et faire le plein avec le viaduc de la Pentecôte, une autre victoire du peuple travailleur. C’est le troisième rendezvous festif majeur du calendrier, quand la fête, curieusement, est supplantée, depuis toujours, par l’après-fête. Le dimanche, on fait ses Pâques, mais on attend impatiemment de se réveiller le lendemain. Cinquante jours après, on récidive avec la Pentecôte. La grande évasion, le retour à la nature ou le terroir revisité, le bonheur est dans le pré disait l’autre. Tout cela change agréablement avec la nouba à tout casser des fêtes de fin d’année. À Madagascar, Antananarivo se vide les lundis de Pâques puis de Pentecôte et ses habitants prennent à chaque fois leurs quartiers dans les campagnes. La ville se vide de ses bus, réquisitionnés par des centaines de milliers de citoyens avides d’air pur. Comme par une sorte de révélation, les Tananariviens ouvrent les yeux et se rendent compte qu’il y a une vie en dehors du bus-boulot-dodo, l’espace d’une journée. Antananarivo se transporte à la campagne, comme pour se reposer de 364 jours de nuisances. L’avenue de l’Indépendance ou les pavillons d’Analakely arborent une ambiance carte postale des années 1900 : très peu des passants, très peu de voitures ni, surtout pas, de taxis be. Tout le monde est ailleurs. Les taxis collectifs, la plaie des rues de Tanà, s’entassent à l’ombre des eucalyptus des banlieues, avec leurs chauffeurs et les familles qui ont cotisé pour la location. Tout le monde sait qu’il ne faut pas compter sur les bus ces lundis sacrés. Le parc d’Ambohijatovo, la place d’Andohalo ou le zoo de Tsimbazaza tâchent tant bien capable d’étancher la soif écologique de quelques milliers de citoyens qui veulent oublier Tanà. Ils la retrouveront bien vite. Au soir de ces lundis, les routes ou chemins vicinaux engorgés offrent l’image du cauchemar qu’il va falloir endurer les 364 jours suivants. Ces viaducs de la flemme devraient être autant de journées internationales de protection contre la sueur du travail forcé.

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