Les arbres portent aussi des noms
19 mars 2018 - À lire Cultures Livre du mois Livres commentaires   //   346 Views   //   N°: 98

Depuis l’année dernière, les arbres sont devenus des héros de l’édition française. Il a suffi d’un livre signé par un auteur inconnu, Peter Wohlleben, et d’un succès. La vie secrète des arbres avait déjà fait un carton en Allemagne. La traduction s’est vendue à plus de 200 000 exemplaires et les végétaux ont retrouvé, dans le coeur des hommes, la place qu’ils avaient souvent perdue dans les décors urbains.

Coïncidence ou opportunisme ? Huit mois plus tard, Henriette Walter et Pierre Avenas ont sorti La majestueuse histoire du nom des arbres. On reste dans la famille végétale, mais surtout, pour le couple d’auteurs, dans une exploration linguistique qui les avait déjà conduits vers les mammifères, les oiseaux et les poissons. En solitaire, Henriette Walter mène depuis longtemps de brillantes démonstrations sur le français et en particulier les mots venus d’ailleurs.

Les noms des arbres voyagent eux aussi, en dépit des racines qui fixent au sol les plantes qui les portent. Et quelques-uns nous parlent d’une grande île caractérisée, entre autres choses, par de nombreuses espèces endémiques.

L’arbre du voyageur, ou Ravenala madagascariensis, s’offre ainsi en illustration pour accompagner le titre du chapitre 4 : « Des arbres aux allures de palmiers, mais qui n’en sont pas ». Dans la même partie, on rencontrera le dragonnier de Madagascar, une espèce parmi la centaine que compte le genre, remarquable par la marge brune qui borde ses feuilles.

Au chapitre suivant, voici la véritable famille des palmiers, avec le latanier qui compte trois espèces à Maurice, La Réunion et Rodrigues, ainsi qu’une autre, spécifique à Madagascar, le latanier blanc (Bismarckia nobilis). On aime cette noblesse dans l’appellation scientifique…

Parmi les différentes sortes de palmiers, le raphia sort du lot, au moins pour ce qui nous concerne : il est utilisé, on ne vous apprend rien, pour fabriquer la rabane, mais vous ne saviez peut-être pas que ce mot français, attesté en 1877 dans un document des douanes, descend en droite ligne du malgache rebana, « vêtement en raphia ».

Les singularités abondent : le flamboyant est originaire de Madagascar, même s’il s’est répandu ailleurs, tandis que le tamarinier vient d’Afrique, bien que certains tamariniers soient considérés, ici, comme des arbres sacrés.

Faut-il s’attarder sur le cas du baobab ? Ou plutôt des baobabs, avec plusieurs espèces présentes sur notre sol, dont la plus grande : le baobab de Grandidier, Adansonia grandidieri. Le concepteur de l’Histoire physique, politique et naturelle de Madagascar a laissé aussi son nom dans la nature, pas seulement dans les bibliothèques. Et nommer les choses, c’est leur reconnaître une existence…

Henriette Walter et Pierre Avenas, La majestueuse histoire du nom des arbres. Robert Laffont, 563 p., 24 €.

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