Ledama : Sa musique c’est du vent !
11 septembre 2017 - Cultures commentaires   //   280 Views   //   N°: 92

On l’appelle Ledama. C’est l’histoire d’un mélomane amoureux de la nature et investi depuis un demi-siècle dans la création d’instruments de musique traditionnels. Il travaille aujourd’hui à l’organisation d’un concert où ses instruments résonneront uniquement au contact du vent.

Rakotonanahary Edmond, dit Ledama, a été gratifié par la nature d’un talent particulier à créer et revisiter les instruments de musique traditionnels. Artisan émérite et bidouilleur de sons, les étrangers comme les mélomanes du coin connaissent très bien le chemin qui mène à son atelier show-room à Ambodin’Isotry. Un quartier populaire où se cache une extraordinaire instrumenthèque. « Je vis de mes créations depuis une cinquantaine d’années. Je ne comprends pas pourquoi les Malgaches importent tant alors qu’on a tous les matériaux qu’il faut ici. » Et Ledama en connaît un rayon. Il use du bois de nanto pour faire sa valiha marovany be (grande cithare malgache), transforme la citrouille en lokanga voatavo (violon) ou tanne du cuir pour fabriquer son N’lapabe (percussion).

Physicien de formation, Ledama ne cesse d’expérimenter pour produire des sons nouveaux. Il a inventé la valiha voatavo à la forme de caméléon qui offre un son grave. Il lui est même arrivé de cultiver de la citrouille pour en extraire le noyau afin d’en faire une guitare. Pour lui, la création n’a aucune limite. « Je suis un amoureux transi de la nature, j’utilise tout ce qu’elle a à m’offrir. » Pour la touche esthétique, Ledama sculpte ses instruments avec des motifs (aloalo, lémurien, baobab, etc.) qui rappellent sa terre natale. « C’est ma marque de fabrique. Quand les étrangers viennent acheter mes instruments, on saura tout de suite que cela vient de Madagascar. » Cet attachement aux valeurs malgaches, il le tient de son père Randriamanga, le mythique fabricant de valiha d’Ambomiadana Andramasina, une commune d’Antananarivo. « J’ai toujours admiré mon père qui a réussi à nourrir sa famille grâce à ce noble métier. C’est en rencontrant les grandes pointures comme Ricky, Rossy ou encore Tôty que je me suis lancé à fond dans la fabrication. »

Le bidouilleur de sons a une grande ambition, celle d’intégrer le marché de la zone océan Indien. Aujourd’hui, il sillonne son quartier d’Ambodin’Isotry à la recherche de contreplaqués déjà usés pour en faire une ravanne, le tambour du séga, pour le compte de clients mauriciens. Il prépare en parallèle son one-man-show. « La nature en concert, c’est un projet qui me tient beaucoup à cœur. Je mettrai en scène des instruments qui résonneront uniquement au contact du vent. Pas besoin d’un musicien pour les faire fonctionner. La nature seule. A côté, je jouerai d’autres instruments en improvisant selon les sons déclenchés. »

En attendant ce grand jour, Ledama organise une exposition du 21 au 27 octobre dans le cadre du festival de percussions de Diego Suarez. Ledama, comme son nom l’indique « zana-bahoaka » est un enfant du peuple qui fait parler de lui. Bon vent !

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