Le musée du bout du monde
24 avril 2017 - Escales Escales commentaires   //   488 Views   //   N°: 87

Situé à Sarodravay Marodoka, à l’est de Nosy-Be, le musée océanographique permet découvrir, entre autres trésors, toutes les espèces marines du nord-ouest de Madagascar.

Créé en 1950 par l’Office de la recherche scientifique et technique d’outre-mer (Orstom), le musée océanographique est géré depuis 1974 par le Centre national de recherches océanographiques (CNRO) avec quatre départements dédiés aux recherches halieutiques, la géologie marine, océanographique, biologique, physique et chimie.

« Le centre est actif même si un des secteurs de recherches est fermé par manque de matériels. Nous travaillons, entre autres, avec l’UNESCO et la Commission de l’océan Indien et participons à l’élaboration de de médicaments américains », explique Bakary Cisèle, la responsable.

Le CNRO se situe à l’extérieur de d’Hell-Ville. « L’emplacement a été choisi afin de bénéficier de l’électricité distribuée par cette ville tout en restant à proximité de fonds favorables aux recherches océanographiques. » Le domaine est vaste mais ne peut être visité en intégralité. Une partie est une base militaire dont le ponton donne vue sur l’ancienne savonnerie de Nosy-Be et l’autre est destinée aux chercheurs et à leurs familles.

Le point le plus haut du domaine vous mène à un des bâtiments du centre de recherche surnommé « la pointe à la fièvre ». « Ce nom n’a pas la signification sinistre que l’on pourrait croire. Il est dû au fait qu’entre 1890 et 1900 les soldats atteints de fièvres y étaient envoyés pour guérir. » C’est un grand bâtiment de deux étages avec une vue magnifique sur le port d’Hell-Ville. On peut y observer le nouveau et l’ancien port, des conteneurs modernes aux boutres traditionnels : une image qui résume à elle seule l’évolution de Nosy-Be.

La première partie du musée rassemble près de 594 espèces marines vivant au Nord du Madagascar, ce qui n’est pas peu sachant que Madagascar est le deuxième pays le plus riche au monde en terme de biodiversité. Bakary Cisèle a su donner vie à ce « musée des horreurs », comme elle dit plaisamment. Reflets de l’évolution des espèces, on y part des coraux mous pour arriver aux vertébrés osseux (poissons, poulpes, algues, éponges) présentés dans leurs bocaux de formol.

On peut aussi découvrir les trois types de récifs présents au nord de l’île, les mangroves, les plages et les barrières de corail, chacun présenté avec ses spécificités ainsi que les types de pêches pratiquées, y compris celles aujourd’hui interdites. « Nous travaillons avec les pêcheurs de Nosy-Be sur l’apprentissage de la chaîne de l’évolution afin de préserver la chaîne alimentaire, le respect des tailles et les saisons de pêches. »

La dernière pièce du musée propose un squelette de cachalot récupéré en 2010 ainsi qu’une côte de baleine. Même en ayant vu des baleines en vrai, ne voir qu’une simple côte, plus grande qu’un être humain, vaut le détour. Le CRNO a travaillé avec le professeur Salvatore Cerchio sur les baleines à bosses (voir no comment® numéro 84). Le musée regorge également de trésors historiques comme la maquette du bateau Sarimanok qui a servi en 1985 à une équipe de dix chercheurs européens à recréer la première « civilisation » de Nosy-Be. Avec leur embarcation, ils ont réalisé la traversée de l’Afrique à Nosy-Be en trois mois. A noter enfin une bibliothèque spécialisée sur l’histoire marine de l’océan Indien et de Nosy Be constituée de plus de 2500 ouvrages datant de 1896 jusqu’à nos jours. Cette bibliothèque est la plus fournie de l’Afrique de l’Est, sans doute une des plus belles collections oubliées au bout du monde.

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