Le magicien et Ranavalona III
20 août 2018 - À lire Cultures Livre du mois Livres commentaires   //   240 Views   //   N°: 103

Marius Cazeneuve (1839-1913) : son nom de famille vient de Casanova, l’homme aux amours multiples. Est-ce la raison pour laquelle on prête au magicien toulousain une liaison avec celle dont il se disait « médecin et conseiller intime » (intime jusqu’à quel point ?), « la reine de Madagascar Ranavalo Manjaka », troisième du nom, rencontrée lors de son voyage de 1886 ? Il a fourni sa version des faits dans un livre paru en 1896, À la cour de Madagascar, magie et diplomatie. Il s’y donne un beau rôle, dont tout porte à croire qu’il fut, dans la réalité, moins essentiel pour les relations entre la France et Madagascar.

Pierre Benoit (Le Commandeur, 1960) et quelques autres auteurs s’étaient déjà penchés sur ce personnage haut en couleurs. Une nouvelle biographie romancée vient de paraître sous la plume de Jean-Luc Dousset.

Commandeur Cazeneuve, le magicien était un aventurier cite abondamment, notamment pour l’épisode malgache de sa carrière, l’autoportrait flatteur qu’il avait écrit.

Mais l’auteur a utilisé un moyen habile de revisiter quelques faits trop glorieux pour être honnêtes : il place face à Cazeneuve, lors d’un voyage en train de Paris à Toulouse, pendant la nuit de Noël 1907, un interlocuteur dont l’attitude varie au fil des heures. Isidore Fidelio, un jeune homme encore, se montre d’abord très admiratif de la carrière de l’artiste, qu’il semble connaître dans les moindres détails. Il se dit désireux d’embrasser le même métier, et est prêt à écouter les conseils de celui qu’il considère comme un maître en la matière. Puis il se met à chicaner sur des détails, remet en cause certains épisodes, minimise les qualités de celui qui n’a cessé de chercher la lumière. Cazeneuve est irrité, d’autant que son contradicteur, invisible à d’autres yeux que les siens, ressemble beaucoup à ce qu’il était lui-même à cet âge. Il est vrai que le héros de sa propre histoire, si sûr de lui, prête à l’ironie : « La modestie est un sentiment que Marius Cazeneuve connaît fort peu, apparemment… » Jean-Luc Dousset manie, par l’intermédiaire d’Isidore Fidelio, cette ironie avec une subtile insistance.

L’œuvre de sa vie ? Moins les succès américains que son expédition à Madagascar, estime Cazeneuve. Des dizaines de pages y sont consacrées dans le roman biographique et ce n’est pas trop pour relater l’aventure, pour décrire le pays, sa capitale et ses hautes personnalités, mais aussi pour restituer l’ambiguïté des interprétations données aux événements par celui qui les a certes vécus mais les a aussi revus en toute liberté, toujours dans le sens d’une surévaluation de sa participation à l’Histoire.

Cazeneuve énerve. Cazeneuve fascine. Le livre de Jean-Luc Dousset traduit, à parts égales, les deux sentiments.

Jean-Luc Dousset. Commandeur Cazeneuve. Le magicien était un aventurier. Editions Jeanne-d’Arc, 346 p., 17 €.

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