Le bagne au paradis
19 décembre 2018 - À lire Cultures Lire Livre du mois Livres commentaires   //   80 Views   //   N°: 107

Dans son premier livre, Henri le cultivateur (L’Harmattan, 2004), Roland Vilella faisait route vers Madagascar. Une dizaine d’années plus tard, il a eu le temps d’en découvrir les charmes et les aspects moins plaisants, ainsi qu’il le prouve dans La sentinelle de fer, paru en 2016 dans la prestigieuse collection « Terre humaine » et maintenant réédité au format de poche.

La sentinelle du titre, géographiquement située par le sous-titre – Mémoires du bagne de Nosy Lava (Madagascar) – est le phare de l’île, qui prend sous les yeux de l’auteur des connotations négatives, comme dans ce passage situé assez loin dans l’ouvrage, après que l’impression a été répétée à plusieurs reprises : « la silhouette noire du phare émerge dans les éclats du soleil à son coucher, détachée sur le profil de l’île. Je frissonnais toujours à sa vue. L’obscurité finissait par la dissimuler à mes regards, mais je ressentais sa présence hostile. »

Il est vrai que des scènes très dures, les plus frappantes de son livre, lui ont été entre-temps racontées par Albert Abolaza, meurtrier qui purge une peine sans fin – les travaux forcés à perpétuité – et qui, véritable mémoire du bagne, développe une relation presque amicale avec l’auteur. Il fut un temps où les pires traitements étaient monnaie courante dans le quotidien des bagnards. Bien des prisonniers subissent ainsi une exécution qui ne porte pas son nom, mais au cours de laquelle le penchant de l’homme à la violence s’exerce avec une impunité acceptée par les victimes – et ceux qui, à côté, savent qu’il leur est interdit de voir ce qui se passe, même devant eux. Les criminels sont des deux côtés, seul le pouvoir place une frontière entre eux. Encore tous les prisonniers ne sont-ils pas des criminels endurcis et quelques gardiens peuvent-ils faire preuve d’un minimum d’humanité.

Albert Abolaza mérite la place particulière qu’il occupe dans l’ouvrage. Il n’est pas exonéré de ses crimes mais, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il les a largement payés. Non seulement par sa longue détention, mais aussi par des séances de torture auxquelles seule sa volonté lui a permis de survivre.

Avec son aide complice, des documents historiques surgissent de la poussière où ils étaient oubliés de tous. Ils concernent des prisonniers condamnés après l’insurrection de 1947, copies d’actes judiciaires qui éclairent l’époque d’un jour inédit.

L’oubli était la règle. Pour les documents comme pour les hommes. La mémoire de ce caillou magnifique et maudit méritait cependant de n’être pas perdue et Roland Vilella, en racontant quelques-unes des histoires tragiques qui s’y déroulèrent, accomplit un travail essentiel.

Roland Vilella. La sentinelle de fer. Mémoires du bagne de Nosy Lava (Madagascar). Pocket, 408 p., 8,60 €

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