Lavanono : La vague du bout du monde
19 avril 2018 - Escales Escales commentaires   //   2174 Views   //   N°: 99

Premiers rayons de soleil mal réveillés qui balaient la ville d’un air hésitant. Tolagnaro (Fort-Dauphin) s’étire au petit matin. Le marché de Tanambao croule déjà sous les papayes et les jacquiers mûrs, quelques litchis précoces égaient les étals…

On fait chauffer le riz de la veille, le café coule dans les chaussettes. A Monseigneur, les pêcheurs tirent leurs pirogues sur la plage, cédant la place aux jeunes surfeurs guettant les premières vagues. De l’autre côté du port, à l’embouchure du Lac Vinanibe qui se jette dans la mer, on aperçoit une voile de kitesurf malmenée par un fort vent nord-est. Sur la plage de Chez Marceline, à Ankoba, on paresse déjà à l’ombre en famille : les enfants s’initient au surf et prennent d’assaut quelques machines à laver dans les mousses sous l’oeil amusé des surfeurs.

Nous profitons des dernières heures pour vérifier nos planches, rassembler wax, leash, lycras, et un peu de courage. On nous souhaite de bonnes vagues : Demain, c’est le grand départ. Notre 4×4 est chargé. Dernier arrêt à la station pour d’ultimes achats avant la grande route : 6 heures de piste pour au bout du chemin, retrouver Lavanono et son spot mythique. La route est longue mais rien n’entame notre joie. Les rizières étendent leur vert fluo de part et d’autres de la mauvaise piste, les rires des enfants nous escortent. Bonheur indicible de parcourir les pistes sableuses du Grand Sud. Les kilomètres défilent et c’est comme un nouveau monde qui s’ouvre à nous. Ivresse de se sentir plus vivants. Avaler toute la piste cul-sec, le regard rivé au-devant. Perdre la notion du temps, se détacher de la soif, de la chaleur et de l’inconfort.

Bientôt surgissent les champs de sisals, qui dressent leurs piquants sous le soleil : pas de doute, nous sommes en Androy, le « pays des épines ». Tsihombe, dernière gargote avant le Sud sauvage. S’arrêter, poser un peu le pied au sol, encore ébouriffés par une sieste trop courte, et savourer cette inertie pour mieux repartir. Prendre du plaisir à s’ennuyer, sourire pour rien, consumer toute la lumière et se l’imprimer dans l’âme. La route n’est plus qu’une étendue rouge bordée de cactus. Glisser dans le désert. Surfer le brouillard ocre du sable sous nos roues. Les tortues rentrent au bercail. Il faut faire vite pour arriver avant la nuit.

Le soleil se couche sur le plateau du Karimbola; au pied de l’immense falaise, la mer au loin se dessine: Lavanono Nous entamons la descente vers le village, niché au fond du cratère. A peine le temps de jeter nos tentes dans le sable encore chaud et face à l’océan, sous l’ardente voie lactée, il ne nous reste plus qu’à attendre que le soleil se lève et que la marée remonte pour goûter enfin à cette houle secrète… A l’aube, notre premier regard se tourne vers la mer qui n’attend plus que nous. Nos planches de surf ont sagement attendues leur heure. Une belle houle pointe déjà dans la baie. Sous le soleil de Lavanono, nous oublions tout, seuls comptent les vagues et leur ivresse. Le récif nous offre des séries en cascade, sur le rivage, les enfants du village guident leurs cerfs-volants au milieu des platiers.

Entre les pirogues à voiles, les vagues déroulent leur lèvre pour engloutir tout le reste. Le temps s’arrête. Nous savourons l’immense privilège de surfer cette vague du bout du monde, seuls, affranchis. Au bout du troisième jour, nous contemplons le soleil disparaître à l’horizon. Autour des flammes d’un dernier feu de joie, des anecdotes au goût de rhum se mêlent à notre vague à l’âme. Demain nous reprendrons la route : à nouveau le sable, les cactus, les tortues, les enfants des villages qui courent sur nos traces, les troupeaux de zébus, les rizières frémissant sous le vent, et tout au bout du chemin, Fort-Dauphin qui nous ouvre les bras : Nous rentrons à la maison.

Texte et photos : #LilyStrange

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