La vraie dimension de David Jaomanoro
29 août 2017 - À lire Cultures Lire Livre du mois Livres commentaires   //   424 Views   //   N°: 91

Longtemps, David Jaomanoro sembla vivre, en littérature, par la grâce d’une seule nouvelle. Funérailles d’un cochon, premier prix du concours de nouvelles de RFI en 1993, donnait son titre au recueil collectif qui avait suivi, l’année suivante, l’attribution de cette récompense. Il a été repris dans le gros volume des éditions Omnibus consacré à l’océan Indien, comme si c’était sa seule contribution à la fiction malgache de langue française.

Il y en avait cependant bien d’autres, publiées plus discrètement, en particulier dans différentes revues ou anthologies, ou même totalement inédites. Trois ans après la mort de David Jaomanoro à Mayotte où il vivait, Dominique Ranaivoson publie ses Œuvres complètes, augmentées d’entretiens et d’analyses. A travers les poèmes, le théâtre (terrain sur lequel il avait connu ses plus grands bonheurs, à Madagascar et ailleurs) et les nouvelles, la dimension de l’auteur apparaît enfin. Il était l’un de ceux qui fournissait à ses lecteurs autant de plaisir que de réflexion,

dans une langue française enrichie par les influences malgache et comorienne.

La maturité lui est venue à la quarantaine, l’âge qu’il avait en 1993. Le temps de se forger un style, de choisir ses sujets et la manière de les traiter. L’occasion lui en avait été donnée par une résidence d’écriture de trois mois à Limoges en 1988, ainsi que l’explique Dominique Ranaivoson dans un parcours biographique grâce auquel sont fixés les principaux points de repère.

Liliane Ramarosoa et Serge Meitinger, qui l’ont connu à l’École normale supérieure dans les années 1980 et à qui différents textes ont été dédiés, font les portraits complémentaires de l’écrivain à ses débuts. « Il nous avait expliqué pourquoi […] ses personnages de prédilection étaient les “laissés pour compte” de la vie », écrit la première. « Je garde de lui l’image d’un homme discret et mesuré, au ton calme et un peu chantant, plein d’humour et très simple », se souvient le second.

David Jaomanoro n’est pas un auteur confortable. Il fouille des blessures anciennes, ravive les douleurs. Il s’en prend aux traditions et aux rapports de force qu’on ne voit plus à force de les vivre au quotidien. La lumière qu’il jette sur le monde est crue, brutale.

Ce n’est pas pour autant un monde sans espoir. Une nouvelle, « Ndzaka Lapiné » (qu’il faut comprendre « l’apnée », parce que Ndzaka est une spécialiste du plongeon), est l’histoire d’une fillette étalée sur plusieurs années. Elle paraît être une proie facile pour les jeunes caïds du coin – nous sommes à Mayotte, cela pourrait être n’importe où ailleurs. Mais elle a de la ressource, et elle fait mieux que se défendre. Elle se bat, elle tue…

David Jaomanoro, Œuvres complètes. Edition établie et présentée par Dominique Ranaivoson, Sépia, 400 p., 33 €, ebook, 25,99 €.

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