La Corée du Sud à Mada
14 août 2013 - Éco commentaires   //   2808 Views   //   N°: 43

Les échanges entre Madagascar et le pays du Matin calme, l’autre nom de la Corée du Sud, sont beaucoup plus fructueux qu’on ne le pense. Pour Goulam Razaali, consul honoraire à Madagascar, il s’agit d’une relation d’avenir que consacrera sous peu l’ouverture d’une ambassade dans la Grande Ile. 

GOULAM RAZAALI :  Une relation gagnant-gagnant 

Que vous inspirent ces quinze années de relations malgacho-coréennes ? 
Le Consulat de la Corée du Sud a été créé officiellement en 2005, mais il a existé entre 1997 et 2004 un Consulat de la République de Corée qui servait seulement de liaison entre les deux pays. Les premiers produits sud-coréens sont arrivés à Madagascar dans les années 90, mais la relation était purement commerciale. Idéologiquement, la Grande Ile se sentait plus proche de la Corée du Nord. Aujourd’hui, les rapports sont excellents entre les deux pays, même si les médias n’en parlent pas toujours. La preuve, il est prévu d’ouvrir bientôt une ambassade à Madagascar. 

La Corée du Sud est classée onzième puissance économique mondiale, autant dire un géant comparé à Madagascar… 
Onzième puissance économique, mais première dans plusieurs domaines dont l’électronique, les nouvelles technologies, l’automobile et la construction navale. C’est pourtant un pays qui est sorti très mal en point de la guerre de Corée (1950-1953), où les gens ont eu faim. Grâce à l’effort collectif, le pays a intégré le club des « bébés tigres », des puissances asiatiques émergentes, et c’est assez récent, les années 80 seulement. C’est un exemple stimulant pour Madagascar. Aujourd’hui, nous investissons en Europe et aux Etats-Unis. En Afrique également. Nous sommes persuadés que d’ici les vingt prochaines années, rien ne se fera sans l’Afrique. 

Combien de Sud-Coréens à Madagascar ? 
S’il n’y a presque pas de Malgaches en Corée du Sud, en revanche on compte près de 200 familles sud-coréennes qui vivent principalement à Toamasina et dans la capitale. Ils sont surtout dans le textile, la restauration, l’automobile, l’exportation de marques coréennes. Les Sud-Coréens sont de nature discrète, on n’entend pas beaucoup parler d’eux. 

Mais qu’exporte Madagascar vers la Corée du Sud ? 
Les Sud-Coréens sont très exigeants en terme de consommation. Ils n’achètent que des produits répondant aux normes internationales. Sur ce chapitre, ils sont encore plus intransigeants que les Occidentaux. Même les Etats-Unis ont du mal à vendre leurs produits sur le marché sud-coréen ! Pour Madagascar, ce sont plutôt les produits artisanaux qui sont achetés, certes pas en grandes quantités. L’échange est là mais les flux ne sont pas égaux. 

L’affaire Daewoo Logistique a quelque peu terni l’image de la Corée du Sud. Certains ont parlé de « néo-colonialisme »… 
Je ne trouve pas que la présence des Sud-Coréens à Madagascar relève d’une forme de colonialisme. La Corée du Sud entretient avec Madagascar et sa population une relation bilatérale win-win (gagnant-gagnant). Il ne faut pas oublier que 27,5 % des investissements du projet Ambatovy appartiennent au consortium coréen Kores. Grâce à ce projet, des routes, des écoles et des hôpitaux ont été construits, des emplois créés. Nous agissons de la sorte partout où nous nous trouvons à Madagascar. 

Madagascar deviendra-t-elle un jour un « bébé tigre » ? 
La condition sine qua non du développement est la stabilité politique. C’est à cause de l’instabilité et des conflits politiques que Madagascar a manqué son rendez-vous historique avec le développement. Il faut aussi que la Grande Ile se tourne davantage vers les pays orientaux, car l’avenir est entre l’Afrique et l’Asie. La réussite, ça se planifie des décennies à l’avance. 

 

LA BOUFFE : Trop bon mon chou ! 

Les Coréens affectionnent les fruits de mer et adorent mélanger légumes crus et viande cuite. Mais surtout ils sont dingues de kimchi, un met traditionnel à base de légumes fermentés qu’on sert à tous les repas. Au Arirang, à Isoraka, l’un des plus anciens restaurants coréens de la capitale (ouvert en 1998), vous pouvez par exemple vous commander un bon baechukimchi à base de chou 

chinois (petsay). « Le kimchi peut se faire avec toutes sortes de légumes : chou, carotte, navet, mais la durée de fermentation diffère de l’un à l’autre », explique Alex Rakotondraibe, le responsable du Arirang. Le kimchi peut également servir d’ingrédient pour la kimchichigae (soupe de kimchi), à moins de le consommer en dubukimchi (tofu sauté au kimchi et au porc). 
La fermentation du kimchi se fait traditionnellement en plaçant les légumes dans des jarres, ensevelies sous terre, parfois durant toute une saison. Le riz gluant accompagne généralement le kimchi, à manger avec des baguettes coréennes, en métal le plus souvent.

 

MUSIQUE : Jamais sans la K-Pop ! 

Le rap coréen est devenu un phénomène mondial avec le fameux hit Gangnam Style du chanteur Psy, Park Jae-Sang de son vrai nom. Visionné plus de 270 millions de fois sur Youtube, le clip a même dépassé ceux de Lady Gaga ou de Mickael Jackson. Mais il semblerait que Psy soit déjà détrôné par un petit Coréen de 7 ans, dénommé 

Little Psy (Hwan Min-woo à l’état civil), interprète de la chanson Show+Time. Décidément la K-Pop (pop coréenne) a le vent en poupe. Elle est devenue un genre à part entière en 1992 avec le groupe Seo Tai-ji & Boys, le premier à intégrer rap, rock et techno à son répertoire. Un style assez éloigné de la musique traditionnelle coréenne appelé Gugak, qui comprend les musiques de Cour, les musiques rituelles et les musiques folkloriques. Mais il en faut pour tous les goûts ! 

 

DÉCO : Bas les masques 

Si vous cherchez l’accessoire traditionnel qui apportera une exquise touche coréenne à votre salon, essayez un de ces fameux masques en bois qui font depuis des siècles la réputation de la région d’Andong. Chaque année s’y déroule le festival international de la danse des masques. Porter un masque pour faire la guerre était une pratique courante chez les soldats d’autrefois, même leurs chevaux en portaient ! Sortis de ce contexte, ils étaient couramment utilisés pour repousser les esprits malfaisants, mais également pour danser et s’amuser. Les masques coréens exagèrent les traits du visage, présentant un aspect à la fois grotesque et effrayant. Aujourd’hui, ils sont surtout utilisés comme accessoires de théâtre ou objets de décoration. 

 

Propos recueillis par Solofo Ranaivo 

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