À 23 ans, Kintaniavo commence à s'imposer sur la scène rap de Madagascar. Finaliste d'un concours télévisé, membre du collectif Independen'zah, elle construit son parcours avec une méthode qui tranche dans un milieu où tout va vite. Pas de buzz fabriqué, pas de raccourci. Juste du travail, et des textes qui frappent.

Dans ses morceaux, les mots arrivent francs, parfois rugeux — la plume d'une lyriciste qui ne cherche pas à arrondir les angles. Pourtant, en dehors du micro, Kintaniavo est tout autre chose. « Simple et plutôt silencieux », dit-elle elle-même avec un sourire discret, comme si la scène lui permettait d'être ce qu'elle ne peut pas être partout ailleurs. Cette dualité — la force du verbe et la réserve du quotidien — traverse toute son identité artistique. Elle se décrit comme « directe, sérieuse et sentimentale » : trois mots qui pourraient aussi servir de notice pour ses textes. Son écriture lui appartient entièrement, de la première ligne à la dernière. Une façon de garder intacte cette voix singulière, quelque part entre Keny Arkana et les griots du Boeny — libre et ancrée à la fois.
Le rap est arrivé tôt, presque par osmose. Entourée de proches évoluant dans cet univers, elle grandit au rythme des textes, des sons et des scènes, bien avant d'y poser ses propres punchlines. En 2020, elle franchit le pas. Deux ans plus tard, une finale remarquée lors d'un concours télévisé lui offre une première visibilité nationale.
Puis vient Independen'zah, collectif de rappeuses malgaches — une façon de poser le jeu collectivement avant d'aller chercher sa propre lane. Même son nom d'artiste a une origine inattendue : destiné à une page Facebook de développement personnel, il est resté, presque par accident. Comme si l'identité avait choisi l'artiste avant que l'artiste ne la choisisse.
Depuis 2025, Kintaniavo structure son parcours solo avec davantage de professionnalisme. Calmeo, son dernier single, en est la pièce maîtresse — et un manifeste en creux. « Quand on veut aller très loin mais qu'on manque de patience, on risque de tomber », explique-t-elle avec le sérieux de quelqu'un qui parle d'expérience. Le morceau raconte ça : accepter le temps, avancer sans brûler les étapes. Une philosophie de carrière autant qu'une philosophie de vie. « Les femmes ont toujours été là, mais elles sont souvent restées dans l'ombre », observe-t-elle. Kintaniavo, elle, a clairement décidé de sortir de l'ombre — sans se presser, mais sans jamais reculer.
Lucas Rahajaniaina
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