Ketakandriana Rafitoson : « Il faut décentraliser le marché de l’électricité »
10 avril 2018 - Éco commentaires   //   1375 Views   //   N°: 99

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Le secteur énergie, surtout le sous-secteur électricité, a un sérieux retard à rattraper…
C’est vrai, mais la situation est en train d’évoluer notamment avec la promulgation imminente du Code de l’Électricité sur lequel repose une grande partie de la transition énergétique. Cette révision du cadre juridique ne produira pourtant aucun effet si elle n’est pas suivie d’application. Rares, en effet, sont les acteurs qui suivent les règles et lois à Madagascar. Il faut donc arriver à mettre en place des procédures transparentes et rigoureuses qui bénéficieront à tous. Ce qui implique la lutte contre le parachutage de projets depuis le sommet de l’État si on veut sauver ce secteur du marasme dans lequel il est actuellement plongé.

Pourquoi la Jirama n’arrive-t-elle pas à sortir de son gouffre financier ?
La Compagnie d’eau et d’électricité de Madagascar a longtemps connu des problèmes de gouvernance qui ont contribué à l’aggravation d’une situation financière, déjà peu reluisante par le passé.

« Un lobby hydro devrait se mettre en place pour contrer le tout-puissant lobby du diesel »

La société n’a pas vraiment évolué ni dans le temps ni dans l’espace. Sa dépendance envers les hydrocarbures (importation, exigences du lobby pétrolier, location de groupes à des prix faramineux, etc.) continuent à grever sa trésorerie et du même coup les finances publiques. Le manque de maintenance induit par le manque de ressources disponibles explique en partie la faible qualité de la production en électricité. Il faudrait aujourd’hui repenser en profondeur le rôle de la Jirama afin de permettre aux opérateurs privés faisant dans le renouvelable de combler ses failles en produisant plus. Il faut aussi reconnaître que tant que la Jirama vendra à perte, les solutions de redressement envisagées ne seront pas pérennes.

Pourquoi si peu de promoteurs investissent-ils dans le secteur énergie ?
Les porteurs de projet dans le secteur énergie courent un énorme risque face à leur investissement. Le pays manque en effet de garanties bancaires, de facilitations et d’incitations fiscales. Le secteur est miné par la corruption et dominé par les grands groupes dont la plupart vendent leur énergie à la Jirama et échappent,

par on ne sait quel subterfuge, au paiement des impôts. Par ailleurs, l’environnement économique ne favorise pas l’émergence des petites et moyennes entreprises (PME) alors que celles-ci ont beaucoup à apporter à l’amélioration du taux d’accès à l’électricité. Et puis, la menace de l’instabilité politique et des conséquences désastreuses qu’elle peut générer pèse toujours sur la tête des entrepreneurs.

Madagascar dispose d’énormément de ressources énergétiques renouvelables…
Le potentiel est énorme mais il reste largement sous-exploité. Le potentiel solaire – six fois supérieur à celui de l’Europe – est par exemple très élevé dans les régions du sud et de l’ouest. Quant au potentiel hydroélectrique, il est composé de sites de tailles variées assez bien répartis sur l’ensemble du territoire et totalisant le chiffre incroyable de 7 800 MW (mégawatts) dont seulement 2,5 % sont aujourd’hui utilisés. L’énergie éolienne est plus localisée au nord et au sud avec une vitesse du vent supérieure à 7 mètres par seconde. Il y a aussi la géothermie, les vagues et marées et la biomasse qui, si elles sont exploitées de façon rationnelle et durable, peut générer de gros avantages en termes de propreté de l’énergie produite.

Que faut-il faire pour booster leur développement ?
Une loi sur la bioénergie est aujourd’hui en cours d’élaboration au niveau du Ministère en charge de l’Énergie. Elle devrait ouvrir de nouvelles pistes visant la sécurisation énergétique et l’utilisation optimale de ces ressources renouvelables dans le pays. Pour que ces filières se développent, il faut du personnel local compétent et donc un transfert de technologies et de connaissances. C’est un secteur porteur qui peut générer de l’emploi si tant est que l’Etat soit prêt à lui donner le coup de pouce requis.

Que faudrait-il entreprendre pour mieux satisfaire la demande énergétique du pays ?
Une coordination cohérente et une meilleure gestion de toutes les ressources susmentionnées s’imposent. Puis, il faut décentraliser le marché de l’électricité. Madagascar est un grand pays avec une faible densité de population. Aujourd’hui, les centres de distribution électriques tiennent surtout compte des grandes villes malgré les efforts déployés par l’Agence de développement de l’électrification rurale (Ader). Or, la population, aussi bien urbaine que rurale, a besoin d’électricité ! Il faudrait donc renforcer le développement de centres de production et de distribution dans les localités éloignées hors des trois réseaux interconnectés gérés par la Jirama. Il faut faire des études de terrain et privilégier des projets qui valorisent les ressources existantes dans une localité donnée. Dans l’Androy, par exemple, on peut tirer profit de l’ensoleillement quasi-constant pour faire du solaire au lieu de tirer des câbles sur des centaines de mètres avec des coûts exorbitants.

En quoi les énergies renouvelables sont-elles un investissement rentable ?
A Madagascar, on tient rarement compte de la variable temps. On veut du profit aujourd’hui et maintenant sans penser ni aux contraintes ni aux bénéfices sur le court, moyen et long terme. Pourtant, si on investit dans la construction des barrages pour valoriser les 7 800 MW d’énergie hydroélectrique, la rentabilité se verra après quelques années. Le prix de l’électricité sera largement réduit par rapport à celui qui se pratique aujourd’hui. A titre d’exemple, l’achat d’un panneau solaire a un certain coût, mais après l’électricité est presque gratuite sur plusieurs années. Il faudrait communiquer de telles données économiques à la population pour qu’elle puisse avoir le choix de la technologie qu’elle veut utiliser, selon la localité où elle se trouve, sa capacité à payer et la technologie disponible. Ce type d’éducation et d’accompagnement reste aujourd’hui l’apanage de quelques ONG et associations. Le gouvernement devrait pourtant s’en occuper plus car l’énergie est un secteur d’intérêt public.

Que faut-il faire pour concrétiser la transition énergétique ?
Il faut une volonté politique forte de l’État. Certes, la Nouvelle politique de l’Énergie (NPE) adoptée en 2015 stipule que la production d’électricité d’ici 2030 proviendra de 85 % des énergies renouvelables dont 5 % du solaire, 5 % de l’éolien et 75 % de l’hydraulique, mais il y a un gap certain entre la théorie et la réalité. La proportion du thermique dans le mix énergétique actuel continue d’augmenter – notamment à travers des nouvelles concessions octroyées pour 25 ans – au lieu de baisser et c’est inquiétant. A ce rythme, les objectifs définis par la NPE, en termes de mix énergétique, risquent de ne jamais être atteints. Une utopie ? En tout cas, un lobby hydro devrait se mettre en place pour contrer le tout-puissant lobby du diesel.

Propos recueillis par #PriscaRananjarison

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