Dix ans après sa naissance à Ihosy, au cœur du pays bara, la marque Kay Keny célèbre son anniversaire avec une collection qui ne ressemble à aucune autre. Fototse — racine, en malgache — transforme la flanelle traditionnelle en pièces streetwear portables au quotidien. Un retour aux sources assumé, et une déclaration d'intention culturelle.


La flanelle — ce tissu en coton que les Betsileo et les Bara portent depuis des générations comme lamba, écharpe ou signe de statut social — n'avait jamais été coupée en chemise ni en robe. Elle se drapait sur l'épaule, s'enroulait contre le froid, accompagnait les moments de deuil, les fêtes, les rituels de séduction des jeunes hommes en quête d'une épouse. Kay Keny a changé la donne. « C'est pour que la flanelle garde son côté "tous les jours" », explique Valisoa Elisador, fondateur et gérant de la marque. La collection Fototse est pensée comme du streetwear ancré dans l'identité culturelle — des pièces portables en toutes occasions, sans prétention à la haute couture, mais avec une ligne claire et une matière qui raconte quelque chose. Avant de lancer la collection, des enquêtes ont été menées dans les régions d'Amoron'i Mania, Haute Matsiatra et Ihorombe pour comprendre l'histoire du tissu et sonder les communautés. « Nous ne voulions pas faire n'importe quoi, au risque d'offusquer des têtes », confie Valisoa.
Le choix du tissu n'a pas été laissé au hasard. Kay Keny utilise exclusivement de la flanelle produite à Madagascar par la COTONA. « Il s'avère que les Bara savent dès que c'est de la flanelle chinoise. Au premier regard et à la première touchée, ils savent », affirme Valisoa. Cette exigence d'authenticité est au cœur du projet — et elle se ressent dans la finition des pièces, conçues en collaboration avec l'atelier Mihamy, basé à Ihosy. Quatre modèles sont actuellement disponibles à la vente. Une collection capsule, en somme, qui mise sur la qualité et la cohérence plutôt que sur le volume. La vision de Valisoa dépasse cependant les frontières de la culture bara — il veut ouvrir cette esthétique de la flanelle à tout Madagascar. « Comme ça, même s'ils sont à Tana, où les gens ne portent plus de lamba, les Bara et Betsileo peuvent toujours avoir la flanelle sur la peau », soutient le jeune homme.
L'histoire de Kay Keny elle-même est un beau cas d'école pour les jeunes entrepreneurs. Kay keny est une exclamation bara — l'équivalent d'un ah bon ! spontané. Il y a dix ans, Valisoa produisait des t-shirts pour se faire de l'argent de poche, étudiant sans grandes ambitions commerciales.
Une activité de vacances devenue marque de référence dans le streetwear local, portée d'Antsiranana à Tanananarivo et au-delà. Aujourd'hui, Fototse intéresse déjà les fashionistas et les dandys branchés de la capitale — signe que le pari culturel est tenu. Le revers de la médaille ? La collection fait déjà l'objet de contrefaçon. Valisoa ne s'en laisse pas abattre — il mène son combat, convaincu que l'original finit toujours par s'imposer. Comme la flanelle bara, qui a traversé les siècles sans se laisser effacer.
Solofo Ranaivo