kaMi : L'art du déchet
8 avril 2026 // Arts Plastiques // 4225 vues // Nc : 195

Dans son atelier d'Antsahameva, Pierre Rémi Léduc Michaël transforme tuyaux usagés, canettes et journaux froissés en sculptures habitées. kaMi ne recycle pas. Il ressuscite.

Des éléphants surgissent de tuyaux et d'ampoules usagées. Des tortues naissent de journaux et de magazines, coiffées d'un vieux chapeau Betsileo, juchées sur un pied improvisé avec une bouteille de sirop médical. Dans un coin, des figurines en canettes — les Korotamby — scintillent comme des reliques urbaines.

Ce qui était autrefois la chambre de kaMi, à Amster Village à Andrainarivo, ressemble aujourd'hui à un cabinet de curiosités où chaque objet a une deuxième vie, et chaque matière une dignité retrouvée. Ces œuvres sont signées kaMi. Derrière ce nom, Pierre Rémi Léduc Michaël — métis de Sainte-Marie, d'Anosibe Anala et de Mahafaly — qui puise dans ce triple héritage une identité plastique difficile à classer et impossible à imiter.

Tout commence dans l'adolescence, avec des chutes de cuir transformées en bracelets et porte-clés. Rien d'extraordinaire, en apparence. Mais la curiosité, chez lui, ne se contente pas longtemps de peu. « J'ai toujours été fasciné par la façon dont un objet oublié peut devenir précieux. Très vite, j'ai voulu explorer tous les matériaux et transformer ce qui pollue en quelque chose de beau », raconte l’artiste. En 2018, l'art cesse d'être un hobby et devient un métier. Graffiti, peinture, arts plastiques, recyclage : kaMi fait dialoguer tradition malgache et geste écoresponsable, avec la liberté de quelqu'un qui n'a pas appris les règles dans les manuels.

Sa méthode de travail est aussi organique que ses matériaux. Il négocie avec les supermarchés, fouille les marchés locaux, part parfois à La Réunion Kely pour dénicher des pièces rares. Le processus, lui, peut prendre une journée comme deux semaines — la plus longue œuvre réalisée fut une peinture sur son propre plafond, un mois de travail en apesanteur. « Parfois je commence une œuvre sans savoir où elle va finir, et c'est ce qui est excitant. D'autres fois, je visualise l'objet d'abord et je cherche ensuite les matériaux pour le réaliser », confie-t-il. Warhol, lui, travaillait à partir de boîtes de soupe. kaMi, à partir de ce que la ville rejette. « Je me considère comme un conteur. Chaque matériau a sa voix, et je m'efforce de la faire parler », dit-il avec fermeté. Son ambition prochaine : une boutique-galerie, pour que ses œuvres — vendues aujourd'hui uniquement sur les réseaux — puissent être contemplées en vrai, dans l'espace qu'elles méritent. Ce qu'on admire chez kaMi, ce n'est pas tant le recyclage que le regard. La conviction que rien n'est vraiment fini. Que le déchet est une œuvre qui attend.

Lucas Rahajaniaina

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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