Johan Kristian Meyer – La Norvège à Mada : « 500 000 dollars contre la corruption »
21 mai 2019 - Éco commentaires   //   640 Views   //   N°: 112

Les relations entre la Norvège et Madagascar remontent à 1866. Aujourd’hui, les relations sont au beau fixe. Les élections, la lutte contre la corruption et l’éducation sont la clé de leur entente. Tour d’horizon avec le diplomate Johan Kristian Meyer.

Johan Kristian Meyer
Chef de Bureau de l’Ambassade Royale de Norvège

Norvège et Madagascar, une relation historique forte …
Les premiers missionnaires norvégiens sont venus à Madagascar en 1866 dans la région du Vakinankaratra (Antsirabe). Leur mission était de mettre en place des lieux de culte. En parallèle, ils ont organisé des actions d’aide au développement au niveau de l’agriculture, de la santé et de l’éducation. Ils étaient convaincus de l’importance de la langue maternelle comme gage de fierté et d’identité. Les lettres des missionnaires étaient publiées dans les journaux de l’époque, ils racontaient comment était la vie à Madagascar. De nombreux Norvégiens connaissent ainsi pas mal de choses sur Madagascar. Mon beau-père, par exemple, connaît les grandes villes d’ici !

Quelles sont les actions depuis ?
La ville d’Antsirabe et celle de Stavanger de Norvège ont été jumelées en 1989. Puis il y a eu la création du Lovasoa Cross Cultural Competence Center. On y trouve aujourd’hui un musée, une bibliothèque, une salle d’exposition où peuvent se mélanger des Malgaches, des Norvégiens et des personnes d’autres nationalités.

Des Norvégiens s’intéressent de près à la culture malgache. On peut citer, par exemple, Lars Dahle ayant écrit un recueil sur les contes Malgaches, et Otto Christian Dahl, qui a fait des recherches sur la langue malgache et a établi ses origines à l’île de Bornéo. En parallèle, des Malgaches font aujourd’hui des recherches dans les universités norvégiennes.

Combien de Norvégiens vivent à Madagascar ?
Je dirais une centaine. Ils travaillent dans plusieurs domaines comme la diplomatie, le commerce, la construction de route, la fabrication de brique ou encore l’afforestation.

À quand remontent les relations diplomatiques entre les deux pays ?
La Norvège a reconnu Madagascar dès son indépendance en 1960. Il y a eu une ambassade de Norvège en 2004. On a dû la remplacer par un bureau en 2011 après la crise du coup d’État de 2009. C’est aujourd’hui la plus petite mission norvégienne dans le monde. Parmi les temps forts de cette relation, il y a eu la coopération dans la filière bovine à travers la Fifamanor, entre 1972 et 2008. Grâce à l’importation de vaches laitières de Norvège, la production de lait a augmenté d’environ un million de litres à trente millions de litres de 1970 à 2008.

Vous investissez dans la lutte contre la corruption. Pourquoi ?
Selon l’Indice de Perception de la Corruption réalisée par Transparency Internationale Initiative Madagascar, le pays se trouve au 152e rang sur 180 pays en 2018. Madagascar est toujours dans le rouge au niveau de la corruption. Les pratiques de malversation atteignent tous les niveaux. Le pire c’est la corruption au sein de la justice. La population n’a plus confiance aux autorités compétentes et a recours à la justice populaire. A Madagascar, il y a tellement de pratiques de corruption que cela gangrène le pays. Par exemple dans les passations de marché pour la construction dans plusieurs secteurs. Les Malgaches sont les premiers perdants. S’il y avait moins de corruption, le pays se développerait bien et vite.

Quelles sont vos actions de lutte contre la corruption à Madagascar ?
Nous avons accompagné le Bureau indépendant anticorruption (Bianco) dès sa création en 2004. Après la crise de 2009, nous avons arrêté les subventions. Cette année, nous allons investir 1,788 milliard d’ariary (500 000 dollars) dans les institutions anticorruption dont le Bianco et le Pôle anticorruption. Notre but est d’aider les institutions à agir, nous voulons contribuer à instaurer une bonne gouvernance et plus de transparence à Madagascar.

En quoi la Norvège peut-elle être un modèle de transparence pour nous ?
La Norvège a un gouvernement ouvert. La liste de toutes les correspondances entre les différentes institutions est consultable. Si, par exemple, je fais un rapport sur ma mission et mes dépenses ici à Madagascar, ce sera en ligne ! Toutes les dépenses publiques sont communiquées. La presse fait ensuite son travail et partage l’information à la population. Par ailleurs, tous les cadeaux reçus par les politiciens doivent être déclarés. Sinon, ils risquent leur poste ou même la prison. Pareil, les moyens de financement d’une campagne électorale d’un candidat sont communiqués. Grâce à cette transparence, on a pu instaurer une relation de confiance entre le gouvernement et la population. C’est la condition sine qua non pour avancer ensemble.

Quelles sont vos actions dans l’éducation ?
On ne peut pas développer un pays sans un peuple éduqué. Cette année, nous avons investi dans le programme « Éducation pour tous » dans les régions d’Anosy, d’Androy et d’Atsimo Andrefana. Ce programme est financé à hauteur de 21,455 milliards d’ariary (6 millions de dollar) en partenariat avec le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), le Bureau International du Travail (BIT) et le Programme alimentaire mondial (PAM). Le programme vise la réinsertion scolaire des enfants, la distribution de repas, la construction de salles de classes, l’attribution de nouveaux supports pédagogiques, etc. Nous voulons instaurer les meilleures conditions pour inciter ces enfants à aimer aller à l’école. Il y a un enjeu énorme car ce sont les électeurs de demain. L’éducation est primordiale pour qu’ils aient la volonté plus tard de s’engager dans le développement de leur pays.

Vous misez aussi pour la valorisation du milieu artistique…
Nous soutenons le Festival international Madajazzcar (30e édition) depuis une dizaine d’années. Nous faisons venir des artistes norvégiens pour se produire sur la scène du festival. Au-delà de ce rayonnement artistique, nous travaillons à la structuration du milieu artistique et culturel. Pour cela, nous soutenons depuis 2018 les actions de l’Association des Médiateurs Culturels (ADMC) dans son projet sur la professionnalisation des métiers de l’art et de la culture. A condition d’être structuré, le milieu artistique peut représenter un potentiel économique pour Madagascar. Je croise les doigts !

Tourisme
Centre Nobel de la paix

La paix ! Voilà une valeur à laquelle tient beaucoup le royaume de Norvège. Le Centre Nobel de la paix se trouve en plein coeur de sa capitale, à Oslo. Martin Luther King, Mère Teresa ou encore Nelson Mandela y ont reçu le prix Nobel de la paix. Depuis 1901, tous les 10 décembre, le prix est remis à une personnalité

ou à une communauté afin d’honorer son travail concernant la lutte pour la paix, les droits de l’homme, la liberté ou encore sur son aide humanitaire. À travers des infrastructures modernes et interactives, le Centre Nobel de la paix propose une exposition annuelle sur le lauréat en question. Des installations hi-tech, des rencontres-débats, des représentations théâtrales, des concerts et des conférences s’y tiennent pour faire vivre cet espace à la fois symbolique et historique. Car le Centre raconte aussi l’étonnante histoire du chimiste Alfred Nobel. En 1867, le Suédois crée la dynamite devenue très vite sa source de richesse. Cette arme meurtrière lui a valu le surnom de « marchand de la mort ». C’est alors qu’il décide de changer cette image négative. Il lègue dans son testament un fonds pour décerner quatre Prix Nobel (physique, chimie, littérature, médecine) à Stockholm (Suède) et un Prix Nobel de la Paix à Oslo. A ce jour, une centaine de Prix Nobel de la Paix ont été décernés. La finalité ? Réduire la violence, la guerre et les conflits dans le monde.

Littérature
« Contes des Aïeux malgaches. Anganon’ny ntaolo ».

Les liens qui rattachent Madagascar à la Norvège ne datent pas d’hier. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les premiers Norvégiens à avoir foulé le sol malgache n’étaient pas des missionnaires mais des pirates dont la présence a débuté au XVIIe siècle. Ce n’est qu’en 1866, que les missionnaires norvégiens ont commencé à arriver sur l’île. Parmi ceux qui ont laissé leur empreinte à Madagascar, il y a Lars Dahle, un missionnaire ayant laissé une oeuvre littéraire importante. S’intéressant aux folklores locaux, il rédigea avec l’aide d’autres collaborateurs, un recueil de contes intitulé : Contes des aïeux malgaches. Anganon’ny ntaolo, en 1877. Ce n’est qu’en 1908, après une réédition revue, corrigée et complétée par John Sims que les Malgaches ont découvert l’intérêt et la valeur de leur folklore de Madagascar. Après plusieurs rééditions, cette oeuvre est devenue un classique de la littérature malgache.

Costume
Fier en bunad !

Les Norvégiens sont attachés au bunad, leur costume national. Selon les études, 60 % des femmes Norvégiennes ont un bunad dans leur dressing. Les Norvégiens le portent fièrement lors de la fête nationale du 17 mai et autres cérémonies. Le bunad est un costume très coloré et ajouré de broderies à motifs floraux. Pour sa confection, on privilégie les matériaux naturels comme la soie, le coton et la laine. Le bunad des femmes se compose d’un chemiser blanc, d’une jupe ou robe tablier, le tout rehaussé par une veste. Elle agrémente sa tenue par un foulard, une broche et des bijoux.

Quant aux hommes, ils portent une veste cintrée avec des boutons cliquetants, un pantalon arrêté au genou et des hautes chaussettes. Chaque région de la Norvège a son style de bunad. Il en existe une variété mais ce costume symbolise bien l’identité nationale et culturelle norvégienne. Selon le bureau de l’Ambassade royale de Norvège à Madagascar, il y aurait une entreprise de confection d’habits traditionnels Norvégiens à Madagascar. Selon eux, les Malgaches sont doués dans la confection. C’est noté !

Gastronomie
Tørrfisk, le poisson qui fait recette

La cuisine norvégienne est réputée pour être essentiellement composée de poisson. Parmi les spécialités qui en valent le détour, on a retenu le Tørrfisk ou stockfish qui, selon certains, a le même raffinement qu’un jambon fumé d’exception ou qu’un alcool bien vieilli. Le Tørrfisk est considéré comme l’un des premiers délices de Norvège et est un plat traditionnel depuis le XIIe siècle, c’est dire !

Le Tørrfisk désigne un filet de morue séché. Pour le préparer, il faut d’abord saler et préparer le cabillaud avant de le sécher à l’air libre entre fin février et mai. Cette méthode de séchage à l’air froid est une des techniques de conservation les plus anciennes au monde. Après le séchage, le Tørrfisk est traité par un processus de fermentation. Les bactéries pouvant survivre à des températures de congélation sont utilisées pour faire mûrir le poisson est lui donner un goût plus riche. Le Tørrfisk peut être dégusté tel quel ou servir de base pour d’autres plats de poisson comme le « lutefisk », une autre recette nationale.

Pages réalisées par #PriscaRananjarison et #MioraRandriamboavonjy

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