Jam Jued : La vérité masquée
21 juin 2026 // Musique // 42 vues // Nc : 197

Depuis quelques mois, un artiste originaire de Majunga fait parler de lui — et pas seulement pour sa musique. Jam Jued ne se montre jamais à visage découvert. Dans ses clips, dans ses interviews, sur scène : le masque est toujours là. Et c'est précisément ce que le public ne comprend pas encore tout à fait — et qui le fascine.

Il y a une longue tradition, dans la musique, de se cacher pour mieux se révéler. Slipknot porte des masques pour effacer les individualités et faire du groupe une entité unique, presque rituelle. Daft Punk s'est dissous derrière ses casques de robots pour que la musique parle seule, sans les visages, sans les biographies. Jam Jued, lui, a une raison plus directe, presque didactique. « Vous n'avez pas besoin de voir mon visage. M'entendre suffit pour me connaître », dit-il, sans mâcher ses mots. Le masque change à chaque clip — cuir, tissu, métal — mais la logique reste la même : forcer l'oreille à travailler là où l'œil aurait tout capté en deux secondes. Dans un univers musical où un clip bling-bling peut masquer la médiocrité d'un texte, c'est un véritable acte politique.

Et les textes, justement. Jam Jued n'écrit pas — ou plutôt, il n'écrit jamais avant. Pas de papier, pas de brouillon, pas de version corrigée. Tout naît en studio, au contact du beat, dans l'énergie de l'instant. « Je vis l'instant. Je suis capable de composer une chanson en quelques minutes, je crée selon l'énergie du moment présent », dit-il, le rire aux éclats. Ce que d'autres mettent des mois à polir, lui le pose en une prise. Ses morceaux ne sont pas des constructions — ce sont des fragments de vie bruts, à peine refroidis. Fiainanay, Zanak'olo tsisy raha : « Ma musique vient du cœur. Je ne l'ai pas inventée, je l'ai vécue », déclare le chanteur qui affirme avoir vécu des choses que peu de Malgaches connaissent.

Ce vécu, c’est le ghetto. Pas comme fatalité — comme école. « On y souffre, on y mange et on y réussit ensemble », dit-il. Enfance difficile, Jam Jued avait la musique comme seule alliée. C'est là qu’il s’est construit, et il n'a aucune envie de l'oublier maintenant que les choses bougent. Il se revendique porte-voix du ghetto man, cet univers de solidarité brute où la communauté supplée ce que le reste de la société ne donne pas. Derrière le masque, il n'y a pas une star. Il y a quelqu'un qui n'a pas oublié d'où il vient.

Musicalement, son territoire s'appelle les 4R : Rap, Reggae, Roots, Ragga. Un mélange ancré dans la doctrine rastafarienne, porteur d'une lumière que son nom lui-même revendique. Jam — le feu qui illumine l'obscurité. Jued — une mentalité, une quête de spiritualité profonde. La formule est dense, mais elle tient. Sur le dancefloor comme dans les textes, il y a une cohérence rare entre ce que l'artiste dit être et ce qu'il produit. Plus de dix titres en stock, un album en route. La vitesse supérieure est pour bientôt. « Fermez les yeux, ouvrez les oreilles. Le voyage ne fait que commencer », promet-il.

Tatiana Randriamanakajasoa

Contact Jam jued : 032 90 515 90

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Restauration : Palissandre joue la carte de la liberté

Lire

13 juin 2026

Restauration : Palissandre joue la carte de la liberté

Liberté. Le mot est lâché, et il résume tout. Vendredi 12 juin, l'hôtel Palissandre à Faravohitra a dévoilé sa nouvelle carte — un exercice annuel que...

Edito
no comment - Exister en malgache

Lire le magazine

Exister en malgache

Juin à Madagascar, c'est un mois qui déborde. La langue, l'enfant, l'indépendance — trois célébrations bousculées dans trente jours, comme si le calendrier avait, lui aussi, quelque chose à dire. Et si ce n'était pas un hasard ? Ces trois commémorations racontent, au fond, la même histoire : celle d'un peuple qui cherche, depuis 1960, à exister pleinement sur ses propres termes. Pas seulement dans les discours officiels et les défilés — dans la vie réelle, quotidienne, celle qui se joue désormais aussi sur un écran.Car le vrai terrain de la souveraineté culturelle s'est déplacé. Il est numérique, algorithmique, et aussi impitoyable. Une langue absente du web est une langue que le monde n'entend pas — et qu'il finit par oublier. Le malgache, parlé par trente millions de personnes, riche d'une histoire linguistique qui traverse les siècles et trois océans, mérite mieux que l'invisibilité numérique. L'initiative Wikiteny — atelier consacré à l'enrichissement des contenus en malgache sur internet — est allée dans ce sens. Ce type d'initiative doit être multiplié, amplifié, soutenu. Sans attendre.C'est là, précisément, que la langue rejoint l'économie. Une identité qui ne se raconte pas, c'est une culture qui ne se monétise pas — un savoir-faire qui reste sans vitrine. Madagascar exporte sa vanille, ses textiles, sa biodiversité unique. Mais que fait-on de l'autre richesse, l'immatérielle, celle qui ne figure dans aucune balance commerciale et qui, pourtant, vaut de l'or ? Soixante-quatre ans après l'indépendance, la vraie souveraineté se joue peut-être là : dans la capacité à dire qui nous sommes, en malgache — et à faire en sorte que le monde l'entende. Haut et fort.Solofo Ranaivo

No comment Tv

Interview - Tahiry David Animator - Juin 2026 - NC 197

Découvrez Tahiry David Animator, un animateur 2D-3D dans le no comment® NC 197 – juin 2026.
Tahiry David Rasolofoson, plus connu sous le pseudo Tahiry David Animator, est un animateur 2D-3D malgache. Lauréat de l'AnimJam 2026 à l'IFM Analakely, il fabrique des mondes entiers à partir d'un ordinateur, de nuits blanches et d'un sens aigu du chaos cartoon. Entre humour absurde et références pop malgaches, il impose peu à peu sa signature dans l'univers de l'animation.

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir