Parmi 52 candidatures, Lalantsara s'est imposé. Le 25 avril 2026, à l'Institut français de Madagascar, Miangaly Elia Andriantsoa est proclamée lauréate de la dixième édition du Prix Paritana, organisé par la Fondation H. Dans sa démarche artistique, elle délaisse la froideur des plans cadastraux pour la poésie des dioramas — ses maquettes explorent le « couloir » malgache, non comme un simple lieu de passage, mais comme un espace de sédimentation de l'héritage et de reconstruction de soi.

Le mot lalantsara désigne en malgache le couloir — cet espace de transition qu'on traverse sans vraiment s'y arrêter. C'est précisément là que Miangaly Elia a décidé de s'attarder. L'idée naît presque par hasard, après la découverte d'une citation trouvée dans un livre à Antaninarenina — « Si on devait construire la maison du bonheur, la plus grande pièce serait la salle d'attente. » Pour l'artiste, cette salle d'attente ressemble immédiatement aux couloirs d'Antananarivo, ces interstices urbains que les Tananariviens traversent chaque jour sans regarder. Depuis deux ans, elle construit des dioramas inspirés des paysages de la capitale — façades fatiguées, détails presque invisibles, fragments de ville que beaucoup frôlent sans voir. Dans la vingtaine, elle est présente sur la scène locale et internationale, avec notamment une participation au Mauritius International Art Fair et à l'événement « Antson'ny Tontolo Miaina – Dendrophile ».
Avec Lalantsara, Miangaly Elia franchit un cap. « Je suis dans mon propre couloir actuellement », confie-t-elle, avant d’ajouter « J'ai envie de construire ma maison, de me construire moi-même. Mais pour cela, je dois ouvrir des portes. »
Cette dimension introspective marque une évolution dans son travail — comprendre pourquoi certaines architectures la bouleversent, quelle mémoire invisible dort derrière les murs. Vidéo, installations textiles, dioramas agrandis — rien n'est encore totalement défini, et c'est précisément cette incertitude qui nourrit le projet. Comme un couloir dont on ignore l'issue, l'œuvre avance dans le doute et le mouvement.
La distinction s'accompagne d'une bourse de création de 3 000 euros, d'une résidence de six mois partagée entre la Cité internationale des arts à Paris et la Fondation H à Antananarivo, ainsi qu'une exposition personnelle à l'Institut français de Madagascar. Un jury de haut vol — composé notamment de Bénédicte Alliot, directrice de la Cité internationale des arts, et de la commissaire d'exposition N'Goné Fall — a tranché. Pour une artiste dont le médium de prédilection reproduit le monde en miniature, c'est une projection à grande échelle qui s'ouvre. « Au bout du couloir, il n'y a peut-être pas de destination précise », dit-elle. Mais il y a la preuve qu'on a traversé quelque chose.
Lucas Rahajaniaina
Facebook : Miangaly Elia
Photos : Andry Randrianarisoa