Hery Andriamitantsoa : Recoudre l’actualité
7 mars 2026 // Arts Plastiques // 3552 vues // Nc : 194

À 60 ans, Hery Andriamitantsoa, connu sous la signature Hery A, brouille les lignes entre journalisme, art et artisanat. Photojournaliste chevronné, il brode aujourd’hui ses propres clichés pour en faire des tableaux singuliers, baptisés petakofehin-dehilahy. Une pratique lente, radicale, presque à contre-courant, où chaque point devient un acte de regard.

À première vue, l’association étonne. Le terrain, l’urgence de l’actualité, puis l’aiguille et le fil. Pourtant, chez Hery Andriamitantsoa, la broderie n’a rien d’un caprice tardif. Elle prend racine dans l’enfance, sur les bancs de l’école primaire publique. « J’ai tout de suite senti que le travail manuel me parlait », confie-t-il. Longtemps étouffée par le rythme du photojournalisme – déplacements, reportages, délais serrés –, cette passion ressurgit durant la pandémie de Covid-19. Une pause forcée, presque brutale, qui devient un tournant. Depuis, chaque mission nourrit son atelier. À Manakara, Ambalavao Tsienimparihy ou en milieu rural, il photographie des trains, des marchés de zébus, des scènes de vie ordinaires. Certaines images s’imposent d’elles-mêmes. « Je sais immédiatement laquelle mérite de devenir un petakofehy », explique-t-il. L’image est d’abord imprimée, reportée au papier calque, puis patiemment transposée en fil. Le geste est méticuleux, presque méditatif.

Son approche reste celle d’un photojournaliste. Rien n’est laissé au hasard. « La photo me permet de maîtriser l’angle, la profondeur, la composition », souligne-t-il. Ses broderies prolongent ce cadrage initial : paysages habités, portraits, scènes du quotidien, animaux – surtout les oiseaux, qu’il observe et photographie parfois depuis chez lui. L’ensemble compose un univers à la fois documentaire et sensible, où le réel n’est pas enjolivé, mais approfondi. Côté technique, Hery Andriamitantsoa revendique une pratique 100 % manuelle. Pas de machine. Ses outils sont simples : aiguilles à large chas, ciseaux, dé à coudre, papier calque, et une impressionnante collection de fils de couleur. Rouge profond, jaune ocre, vert végétal, noir intense pour les contours, bleu pour suggérer les carnations, doré pour capter la lumière. « Il faut avoir toutes les couleurs sous la main », insiste-t-il. Les tissus – soga, popeline, tergal ou crique – sont choisis avec exigence, le soga restant son favori pour sa résistance. Chaque tableau demande en moyenne six jours de travail, entre patience, intuition et discipline.

D’abord partagées sur Facebook, ses œuvres suscitent rapidement l’intérêt. Il n’envisageait pas de les vendre ; aujourd’hui, certaines pièces sont proposées à partir de 200 000 ariary, même si plusieurs restent inaliénables. « Il y a des images que je ne peux pas laisser partir », admet-il. Au-delà de l’objet, les petakofehin-dehilahy interrogent les codes. Broder, lentement, des scènes complexes, en tant qu’homme, surprend encore. « On me demande souvent si c’est vraiment un homme qui a fait ça », sourit-il. Lavés, repassés puis encadrés, ses tableaux ne figent pas l’instant. Ils le racontent, point par point.

Lucas Rahajaniaina

Contact téléphone et Whatshapp : 0347917452
Facebook : Andriamitantsoa Hery

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Pierrot Men : Le regard d'une vie

Lire

6 juillet 2026

Pierrot Men : Le regard d'une vie

À l'heure où les écrans débordent de couleurs saturées et d'images consommées en quelques secondes, Pierrot Men rappelle qu'une photographie peut enco...

Edito
no comment - Tout feu, tout jeune

Lire le magazine

Tout feu, tout jeune

Le 12 août, on célèbre la Journée mondiale de la jeunesse. À Madagascar, cette journée a de quoi occuper un stade entier — les moins de 25 ans représentent plus de 60% de la population. Autrement dit, les jeunes ne sont pas l'avenir de Madagascar. Ils sont déjà le présent, et ils ont l'air pressés. Dans l'entrepreneuriat, ils sont de plus en plus nombreux à se lancer, à créer, à risquer — souvent sans filet, souvent sans aide, mais toujours avec cette énergie un peu folle qui fait qu'on se demande s'ils dorment vraiment la nuit. En culture, les nouvelles sont encore meilleures. Aina Rasamoelina vient de décrocher le Prix RFI Instrumental Afrique. Miangaly Elia rafle le Prix Paritana 2026. Madagascar rayonne, et ce sont des mains jeunes qui tiennent la torche. Alors oui, on pourrait s'arrêter là, applaudir et rentrer chez soi satisfait. Mais ce serait passer à côté d'une chose essentielle. La fougue, ça brûle fort — et parfois, ça brûle vite. Une flamme sans direction peut éclairer autant qu'elle peut consumer. C'est là que les aînés entrent en scène — pas pour reprendre le gouvernail, mais pour montrer où sont les récifs. Les jeunes ont la force, les vieux ont l'expérience, comme on dit. Ce n'est pas un combat de générations — c'est une question d'équipage. Partagez vos réussites, mais aussi vos échecs. Surtout vos échecs, d'ailleurs — ils enseignent mieux que n'importe quel manuel. À Madagascar, la barque avance. Il faut juste s'assurer que tout le monde rame dans le même sens.

No comment Tv

Making of shooting mode – Août 2026 – NC 199

Retrouvez le making of shooting mode du no comment® magazine, édition Août 2026 - NC 199
Prise de vue : Ambatobe 
Collaborations : Tanossi – Via Milano mg – HAYA Madagascar - Akomba Garment MG - Carambole 
Make up : Réalisé par Samchia
Modèles : Alexane, Nolan, Mitia, Diary, Karen, Randy, Taniah, Tafita
Photos : Andriamparany Ranaivozanany

Focus

Sookany Trophy

Sookany Trophy, du 17 au 19 juillet à Antsiranana

no comment - Sookany Trophy

Voir