Iandriniaina Rasambaritafika : « Huiles essentielles, la demande mondiale est bien là »
11 juillet 2018 - Éco commentaires   //   641 Views   //   N°: 102

Le marché mondial des huiles essentielles est en pleine expansion. Malheureusement, Madagascar n’arrive pas à satisfaire la demande mondiale. Iandriniaina Rasambaritafika, ethnobotaniste au sein d’Homéopharma, nous parle de cette filière porteuse.

« Madagascar ne compte que pour 1 % des exportations mondiales »

Les producteurs souffrent de surproduction, pourquoi ?
Depuis la fin des années 1990, le marché des huiles essentielles a beaucoup évolué. La filière est minée par l’instabilité du prix. On peut avoir un kilo à 30 000 ariary comme on peut l’acheter à 600 000 ariary. Chaque année, une huile essentielle est très recherchée sur le marché. Plus elle est demandée, plus son prix atteint les extrêmes. Les paysans producteurs se ruent donc vers la culture de la plante aromatique en question pour faire du profit. Pourtant, lorsque les plantes arrivent à maturation, le prix flanche. Les producteurs se retrouvent alors avec une production qu’ils n’arrivent pas à écouler.

Vous avez des cas en tête ?
L’huile essentielle de ravintsara a été très demandée en 2009. Les prix ont énormément grimpé. Puis, dès que les demandeurs étrangers ont trouvé une huile essentielle de substitution, ils ont passé commande dans d’autres pays. Les prix sont redescendus et les producteurs malgaches se sont retrouvés avec des tonnes d’huile essentielle de ravintsara à écouler.

C’est pareil tous les ans. En 2012 ça a été le géranium et maintenant c’est au tour de l’ylang-ylang . Les producteurs tombent toujours dans le même panneau.

Madagascar est en tout cas propice à la culture des plantes aromatiques…
Le pays abrite une nature extrêmement riche et des écosystèmes variés. On a la chance d’avoir des terres non meurtries pas les produits chimiques et les déchets nucléaires. Ces conditions réunies offrent un environnement favorable à la culture des plantes aromatiques et médicinales de qualité. On peut compter 12 000 espèces dont 70 sont exploitables pour extraire des huiles essentielles. Parmi ces 70 espèces, 41 ont été introduites et 30 sont endémiques. Les huiles essentielles de Madagascar sont connues pour leur qualité. Par exemple, l’huile essentielle de ravintsara ne contient pas de camphre neurotoxique , contrairement à celle qu’on trouve dans d’autres pays.

Quelles sont les zones productrices ?
On en trouve partout à Madagascar. On détermine les zones productrices à la base de recherches scientifiques. Par exemple, l’huile essentielle de Kininina oliva, connue pour sa vertu antistress, est meilleure dans le Sud que dans d’autres régions de Madagascar. On a donc localisé les huiles essentielles selon leur qualité propre à chaque zone. On collecte, par exemple, du niaouli dans l’est et le sud-est, du rambiazina dans le centre, du mandravasarotra dans l’ouest et du katrafay dans le Sud.

Quelles sont les huiles essentielles propres à Madagascar ?
Les huiles essentielles des plantes aromatiques endémiques à Madagascar sont surtout à vertu thérapeutique. Parmi les plus connues, on a les mandravasarotra, katrafay, rambiazina, dingadingana. Les autres espèces sont utilisées dans la cosmétique, la parfumerie et l’alimentaire. Ainsi, de grands parfumeurs étrangers s’intéressent beaucoup à l’huile essentielle de géranium. Cette dernière est très compétitive sur le marché international. Au même titre, Madagascar est le premier exportateur d’essence de clou de girofle. Malheureusement, des opérateurs nuisent à sa qualité en la mélangeant avec de la griffe de girofle.

Le marché mondial des huiles essentielles est en pleine expansion, votre avis ?
La tendance se tourne vers les produis naturels bio. Le marché international des huiles essentielles est en pleine évolution ces dernières années. L’accroissement de l’exportation mondiale est de 22 % en 2010. Les huiles essentielles bio sont très recherchées. Malheureusement, Madagascar ne compte que pour 1 % des exportations mondiales avec ses 2000 tonnes exportées en 2016. La demande mondiale est bien là mais Madagascar ne réussit pas à la satisfaire.

Qui sont les importateurs d’huile essentielle de Madagascar ?
Plus de la moitié de la production est exportée en Europe. L’Allemagne et la France sont les principaux importateurs d’huiles essentielles de Madagascar. D’après les statistiques, les besoins de l’Europe en termes d’huiles essentielles sont à plus de 13 000 milliards d’ariary. Notre deuxième plus grand importateur est les États Unis avec une demande estimée à 9 800 milliards d’ariary. Ensuite, viennent les pays d’Asie comme Singapour, Indonésie ou encore Inde. Les huiles essentielles les plus demandées sont le géranium, le clou de girofle, le citron vert, le vétiver, l’ylang-ylang, etc.

Qu’en est-il du cadre réglementaire ?
C’est un marché qui n’est pas encore saturé. La volonté politique y est puisqu’il y a un cadre réglementaire régissant l’exploitation des plantes aromatiques. Toutefois, il faudra une forte volonté politique pour faire fluctuer ce secteur. Il faudrait, par exemple, exempter les taxes liées à l’export. En effet, ces taxes alourdissent les factures. De ce fait, nos produits sont plus chers à l’international et moins compétitifs.

Que doit-on faire pour développer la filière ?
Tout part de la production. Il faut inculquer aux producteurs de meilleures stratégies de collecte. Il faudrait ne distiller que les feuilles. Si on doit vraiment toucher à l’écorce, au tronc ou à la racine, il y a des conditions spécifiques à respecter. Il faut aussi les convaincre de respecter la saison de collecte. Autrement, la qualité baisse. Ce genre de travail de proximité est nécessaire pour préserver nos plantations. Pour l’exportation, il faut suivre les normes internationales requises, par exemple, celle de l’Afnor. Nous sommes convaincus que cette filière est très propice à l’export.

Le rôle d’Homéopharma au sein de la filière ?
Sur les 70 espèces de plantes aromatiques que le pays recèle, il nous en reste encore une quarantaine qu’on n’a pas testées. Nous allons nous focaliser sur celles qui poussent très vite un peu partout. On les appelle des pestes végétales et pourtant elles ont un bon potentiel. On fait partie des premiers à croire en ce marché. On ne compte pas s’arrêter là. On se tourne beaucoup vers la recherche scientifique et l’innovation.

Propos recueillis par #PriscaRananjarison

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