Hassanein Hiridjee : « Madagascar a toute sa place dans le marché émergent de l’art africain »
4 octobre 2018 - Cultures commentaires   //   483 Views   //   N°: 105

La Fondation H est mécène de l’exposition « Madagascar : Arts de la Grand Ile » qui se tiendra du 18 septembre 2018 au 1er janvier 2019 au Musée du Quai Branly à Paris. Hassanein Hiridjee, créateur de la Fondation, nous explique les enjeux de cette grande exposition parisienne que les Malgaches pourrons suivre à distance !

Quels sont les enjeux pour le pays de cette exposition qu’on annonce comme la plus importante sur Madagascar depuis 1946 ?
Cette exposition inédite aura, j’en suis convaincu, de nombreuses retombées positives pour Madagascar. Elle va permettre tout d’abord de donner aux artistes malgaches un sentiment de reconnaissance. C’est très important car sans reconnaissance, créer est difficile sur le long terme. La création artistique est intrinsèquement liée à la promotion de l’art au sens large : si l’on redonne toute sa place à l’art dans une société, de nombreux talents vont émerger. Cette exposition est donc l’occasion de donner un nouvel élan à la scène culturelle malgache en mettant en avant les talents locaux sur la scène internationale. La tenue de cette exposition va permettre d’impulser la création d’un véritable écosystème du domaine de l’art à Madagascar, en structurant le quadriptyque artistes- galeries-collectionneurs- institutions.

Etui
© musée du quai Branly – Jacques Chirac,
54 photo Claude Germain

Pour cela il faut que chacun prenne conscience du potentiel artistique de notre pays. Je suis convaincu que cette grande exposition aura des retombées positives sur l’ensemble de ces acteurs mais aussi sur le grand public : nous devons aider les artistes à créer et les accompagner dans leur carrière. Je voudrais que Madagascar ait toute sa place dans le marché émergent de l’art africain afin que nos artistes puissent vivre mieux de leur talent.

En quoi la création artistique peut-elle contribuer au développement de Madagascar ?
Je suis convaincu que l’art à un rôle très important à jouer pour renforcer la cohésion, et faciliter le dialogue dans notre société. Comme disait André Malraux « L’art est le plus court chemin de l’homme à l’homme ». L’art participe à la définition de notre identité culturelle, de nos valeurs.

Amulette merina
Amulette originaire de l’ethnie merina, datant d’avant 1974, composée de dents de crocodiles, tubes de bambous, tissus et verres.
© musée du quai Branly – Jacques Chirac,
photo Claude Germain

Il est un outil fabuleux pour rassembler les gens et créer un contexte propice au questionnement et aux échanges d’idées. Soutenir les artistes, promouvoir l’art auprès des enfants et des jeunes Malgaches est un enjeu de poids, et la Fondation H a vocation à agir pour cela. La démocratisation de l’art doit être une priorité : nous devons accompagner l’ensemble des acteurs du secteur culturel et construire un environnement plus favorable pour leur épanouissement.

Quel est le rôle de la Fondation H dans ce processus ?
Grâce à la Fondation H, j’ai monté plusieurs projets en faveur de la promotion de l’art contemporain malgache. Depuis deux ans, la Fondation H est, par exemple, partenaire du Prix Paritana aux côtés de l’Organisation internationale de la Francophonie, de l’Institut français de Madagascar, de la Cité internationale des Arts à Paris et de la Fondation Air France.

Cuillère
© musée du quai Branly – Jacques Chirac,
56 photo Claude Germain

Ce prix récompense chaque année un artiste talentueux et lui permet d’effectuer une résidence de trois mois à la Cité internationale des Arts à Paris, ou l’artiste suit des formations et rencontre des professionnels du secteur culturel.

Pour démocratiser la culture, vous allez organiser des visites virtuelles à Tana. Comment se dérouleront ses web-visites (visites virtuelles) ?
Les visites virtuelles font partie intégrante de notre mécénat. Grâce à elles, plusieurs centaines de personnes à Madagascar pourront découvrir l’intégralité de l’exposition parisienne sans se déplacer. Elles pourront non seulement découvrir la richesse et la diversité des œuvres exposées, mais aussi poser des questions ou émettre des commentaires. En effet, la grande particularité de ces web-visites est leur interactivité :

Corbeille
© musée du quai Branly – Jacques Chirac,
photo Claude Germain

le dispositif permet un échange en direct entre la guide conférencière et le public. D’un point de vu technologiques, les web-visites sont tout à fait exceptionnelles ! Nous sommes très fiers avec la Société des amis du Musée et l’opérateur Telma, de les avoir rendus possible à Madagascar.

Quels sont les projets de la Fondation H ?
Nous avons souhaité, toujours dans l’objectif de démocratiser l’art à Madagascar, ouvrir ces web-visites aux jeunes issus de milieux défavorisés. Pour cela la Fondation H organisera plus de cinq visites virtuelles pour les enfants les plus défavorisés scolarisés dans les EPP des écoles Sekoly Telma de tout Madagascar mais aussi des écoles et instituts privés de la capitale. Une centaine d’enfants participeront ensuite à des ateliers créatifs animés par le Centre des ressources arts actuels de Madagascar (Craam).

Amulette Sakalava
Une amulette datant d’avant 1929, originaire de l’ethnie Sakalava. Gardé dans un coin sacré de la maison (Nord-Est), le « mohara » protecteur est un remède médical et magique au détenteur de ce dernier.
© musée du quai Branly – Jacques Chirac,
photo Claude Germain

Amulette Bara
Amulette protectrice retrouvée chez l’ethnie Bara, datant du 20ème siècle et composé de plusieurs matériaux : bois, métal, verre, coquillage, coton, matières organiques.
© musée du quai Branly – Jacques Chirac,
photo Claude Germain

Poteau funéraire
Le poteau funéraire appelé aussi « aloalo », retrouvé chez les ethnies Bara, Sakalava et Antanosy datant de 1898, est dressé en hommage aux personnes morts loin de chez eux ou pour celles mortes sans enfants.
© musée du quai Branly – Jacques Chirac,
photo Thierry Ollivier, Michel Urtado

Etoffe
Etoffe rectangulaire en soie brochée de couleur, d’avant 1988, de l’ethnie merina. Le « Lamba » en soie domestique est tissé sur un métier traditionnel merina. Particulièrement porté par les hommes, plus tard il sera également utilisé comme linceul à son propriétaire.
© musée du quai Branly – Jacques Chirac,
photo Claude Germain

Propos recueillis par #AinaZoRaberanto

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