Haja : Copieur de sons
24 juillet 2017 - Métiers commentaires   //   276 Views   //   N°: 90

Avec l’arrivée en grande masse des smartphones à Madagascar, un nouveau métier est devenu en vogue dans toute l’île, dans la capitale notamment. On trouve à chaque coin de rue des petits kiosques avec des ordinateurs où l’on peut transférer des chansons sur son téléphone ou son baladeur MP3. Haja fait partie de ces copieurs de tubes sur portables.

Chaque jour, dès 9 heures du matin, Haja est posté à Andrefan’Ambohijanahary, en face du bureau du IVe Arrondissement. Devant son écran d’ordinateur posé sur une petite table installé à même le trottoir, il balance de la musique à haut volume, défiant le boucan des taxi-be s’arrêtant juste devant. Depuis trois ans, son métier consiste à copier des chansons en version électronique et des clips vidéo dans des smartphones et des baladeurs MP3. Il a des tas de morceaux malgaches et étrangers dans son disque dur et les clients viennent pour les avoir sur leurs supports amovibles. « Un travail qui ne nécessite pas grand-chose mais qui est quand même juteux », annonce-t-il. En effet, il n’a besoin que d’un ordinateur qui n’est pas de dernier cri, d’un subwoofer et d’une table en planche qu’il a lui-même fabriquée. « Le loyer est gratuit », ajoute-t-il tout sourire.

Haja, aidé de son frère, sont postés là du matin à la fin de l’après-midi. « Mais ce sont les week-ends, le jeudi jour de marché de Mahamasina ainsi que les semaines avant les festivités qui sont les plus fastes. Si tous les jours pouvaient être comme ça. » Le tarif est de 100 ariary par morceau copié, et un client ne dépense pas moins de 1000 ariary à la fois. En général, ils viennent de la périphérie de Tana ou ce sont des gens qui n’ont pas d’ordinateur chez eux pour effectuer ces transferts. « Ils commandent les artistes et les morceaux qu’ils veulent, mais nous aussi, nous leurs en proposons », lance Haja qui connaît toutes les chansons populaires qui viennent de sortir. Et pour les tubes d’antan ? « Nous avons ici une soixantaine de chanson française qui datent des années 60, 70 et 80. Mais il faut dire qu’elles sont en bas de la liste des commandes », confie Hajja, soulignant que les clients sont majoritairement des adolescents.

En 2014, la Brigade antipiratage, une unité rattachée directement au ministère de la Culture, a déclaré que l’activité de Haja contribue au piratage des œuvres artistiques et doit donc être interdite. A la demande des artistes membres de l’Office malgache du droit d’auteur (Omda) – des opérations coups de poings ont eu lieu et pas mal de matériel servant à ces transferts illicites de chansons a été saisi. Mais cela semble s’être calmé maintenant. « Heureusement car avons des charges à payer et des bouches à nourrir », fait valoir Haja. Depuis quelques temps, les deux frères ont trouvé un autre business ne nécessitant aucun investissement. Avec leur même ordinateur, ils installent des applications et des jeux sur des smartphones. En terme de nouvelles technologies, Madagascar est toujours à la pointe !

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